Âme et économie

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L’âme de l’économie/3 - La leçon du document magistral fondateur du principe de subsidiarité : accepter les défis de son temps, sans le craindre

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/01/2026

L’encyclique Rerum Novarum (RN, 1891), la première entièrement consacrée aux questions socio-économiques, avait une valeur symbolique bien plus grande que son contenu. Son esprit était bien plus important que sa lettre. Elle affirmait que la vie économique et le travail faisaient partie intégrante de la pensée et de l'action de l'Église catholique : ils n'étaient pas à la périphérie, mais au centre de l'humanisme évangélique. Des milliers et des milliers de catholiques se sont enfin sentis vus, compris et reconnus par l'Église dans leur engagement social et économique. Ils le savaient déjà, mais après cette encyclique, ils le savaient davantage, et il n'y avait plus aucun doute. Le jugement historique sur le contenu de ce texte est en revanche une opération différente, qui nécessite des études et une certaine dose de courage.

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Avec la restauration de l'ancien régime européen voulue par le Congrès de Vienne qui suit la période napoléonienne (1814), la papauté avait également espéré un retour au monde d'avant la Révolution française, en nourrissant l’illusion que les Lumières, le Libéralisme et la pensée moderne pouvaient être effacés. Elle pensait revenir à la Christianitas médiévale, au féodalisme et au rôle politique important que les papes et les évêques avaient joué au cours des siècles passés. Mais cette Église se trompait. Le monde européen avait désormais changé pour toujours, et avec lui l'époque du pouvoir temporel de l'Église : le temps de la soumission des États à l'autorité religieuse était révolue. Ce fut un processus long et douloureux que l'Église catholique, et le pape en premier lieu, vécurent comme une « bataille culturelle » avec l'Europe moderne. À cette époque, ce n'est donc ni le catholicisme libéral d'Alessandro Manzoni, ni la théologie de Rosmini, ni le christianisme ouvert à la nouveauté du grand évêque de Crémone Geremia Bonomelli qui prévalurent dans l'Église romaine.

L’encyclique Rerum Novarum est un document qui présente quelques points positifs, mais aussi quelques points négatifs. Les points positifs sont réels, importants et très soulignés dans la tradition sociale catholique. Comme l'indique le titre complet du document - De opificium conditione (sur la condition des ouvriers) - la condition des travailleurs est au centre du document. Les pages les plus lumineuses de l'encyclique sont en effet consacrées au travail et au salaire, où la dignité de chaque travailleur est réaffirmée, où une journée de travail pas trop longue est exigée (en premier lieu pour les enfants et les femmes), et où il est déclaré que le jeu de l'offre et de la demande ne peut être le seul critère pour fixer le salaire : « Que l'ouvrier et le patron s'accordent donc d’un commun accord sur le contrat et, notamment, sur le montant du salaire ; mais il y a toujours un élément de justice naturelle, antérieur et supérieur à la libre volonté des contractants » (RN §34). Les paragraphes de l'encyclique qui fondent ce qui sera ensuite appelé le principe de subsidiarité sont également très importants : « Il n'est pas juste que le citoyen et la famille soient absorbés par l'État : il est juste, au contraire, de laisser à l'un et à l'autre autant d'indépendance d'action que possible, sans préjudice du bien commun et des droits d'autrui » (RN §28). Une subsidiarité déclinée comme expression du droit d'association, en particulier des associations ouvrières (§ 37-39). Pas même l'Église de Léon XIII ne pouvait renoncer à la communauté et aux communautés ; elle voulait sauver la dimension communautaire de l'Église et, avec elle, la hiérarchie ecclésiastique, économique et civile.

Les aspects les plus obscurs de cette encyclique concernent le thème de l'égalité entre les hommes, et donc sa vision de la richesse et de la pauvreté. Pour les comprendre, examinons les Principes d'économie politique (1889) de Matteo Liberatore, publiés peu avant Rerum Novarum. On y traite du grand thème de la propriété privée et de l'inégalité, des idées que l'on retrouve de manière très similaire dans l’encyclique : « Deux choses, dit saint Thomas, doivent être distinguées dans la propriété : la possession et l'usage. Quant à la possession, elle peut être privée, voire nécessaire, pour l'utilité de la vie humaine. Mais quant à l'usage, il doit être commun, dans la mesure où le possesseur fait participer les nécessiteux à ce qu’il a en plus» (Principii…, p. 342).

Léon XIII, déjà dans sa deuxième encyclique, avait affirmé des thèses très semblables : « Les socialistes, les communistes et les nihilistes [...] ne cessent de clamer que tous les hommes sont par nature égaux entre eux [...] L'Église, beaucoup plus sagement et utilement, reconnaît l'inégalité entre les hommes, y compris au sujet de la possession des biens » (Quod Apostolici Muneris, 1878). De la défense de la propriété, il n'y a qu'un pas vers la défense des inégalités (thèse que l'on retrouve dans les Principes d'Économie Politique de Liberatore (p. 161-163) : « Établissons donc tout d'abord ce principe, à savoir qu'il faut supporter la condition propre à l'humanité : il est impossible d'éliminer les inégalités sociales dans le monde ». Il poursuit ensuite : « Car la plus grande diversité existe naturellement entre les hommes : tous ne possèdent pas le même génie, la même diligence, la même santé, les mêmes forces ; et de ces différences inévitables naît nécessairement la différence des conditions sociales » (RN §14).

Le thomisme de Léon XIII et des rédacteurs qu'il a choisis transparaît également dans l'accent mis sur l’organisation sociale des êtres humains et donc dans sa vision « organiciste » de la société, qui est à la base de nombreux paragraphes sur les associations et le corporatisme. Dans le système thomiste, la thèse selon laquelle la société est un corps (Saint Paul), et donc que toutes les parties sont interdépendantes, impliquait la nécessité d'une hiérarchie et d'une immobilité des places attribuées à chacun (le doigt n'est pas le cœur, et ils ne peuvent pas échanger leurs fonctions). Ainsi, l’encyclique Rerum Novarum rejette catégoriquement la lutte des classes et donc l'idée de conflit entre patrons et prolétaires (RN §15). De cette vision harmonieuse des classes sociales naît également l'invitation de Léon à faire revivre les Corporations médiévales des arts et métiers, que l'on trouve déjà dans l'encyclique Humanum Genus (1884). Aussi nous lisons dans l’encyclique : « Pour régler la question ouvrière [...] les corporations d'arts et métiers occupent toutefois la première place [...] Nous voyons avec plaisir se former partout des associations de ce genre, composées soit uniquement d'ouvriers, soit d'ouvriers et de patrons » (§36). Une thèse qui semble aujourd'hui bizarre. Comme si, en plein développement du capitalisme industriel et des masses ouvrières, on pouvait revenir cinq siècles en arrière, à une économie de quelques villes commerciales immergées dans le monde féodal ; comme si l'histoire et ses « nouveautés » n'avaient rien à enseigner à l'Église, partie intégrante et fille de cette même histoire ; comme si ces demandes d'égalité n'étaient pas elles aussi, du moins en grande partie, le fruit du même évangile que celui de l'Église.

Avec la proposition des corporations, Léon XIII va au-delà de la pensée des rédacteurs italiens des ébauches de Rerum Novarum, et inclut certains penseurs européens, comme le souligne bien un essai d'Alcide De Gasperi (signé sous le pseudonyme de Mario Zanatta : I tempi e gli uomini che prepararono la RN, 1931 (Les temps et les hommes qui ont préparé l’encyclique Rerum Novarum). Parmi eux, certains Français, le marquis La Tour du Pin-Chambly de la Charce (1834-1924), le comte De Mun et l'entrepreneur Léon Harmel, promoteurs du corporatisme catholique, tous aristocrates. Les corporations ressuscitées permettraient ainsi de surmonter le conflit de classe sans bouleverser l'ordre naturel de la propriété et de la hiérarchie : « Il y aura toujours cette variété et cette disparité de conditions sans lesquelles le consortium humain ne peut exister ni même être conçu » (RN §27).

Pour conclure son discours sur les prolétaires et les patrons, Léon XIII écrit : « Dans le christianisme, il existe un dogme sur lequel repose tout l'édifice de la religion : à savoir que la vraie vie de l'homme est celle du monde à venir. ... Que tu possèdes en abondance des richesses et d'autres biens terrestres ou que tu en sois dépourvu, cela n'a aucune importance pour le bonheur éternel » (RN §18). Ainsi, « on comprend que la véritable dignité et la grandeur de l'homme sont entièrement morales, c'est-à-dire qu'elles résident dans la vertu ; elles sont accessibles aussi bien aux grands qu'aux petits, aux riches qu'aux prolétaires... Nous dirons même plus : il semble que Dieu ait une prédilection particulière pour les malheureux, puisque Jésus-Christ appelle heureux les pauvres... Ainsi, les deux classes, en se serrant la main, parviennent à un accord amical » (§20).

En lisant ces thèses, nous devons nous arrêter, car nous nous éloignerions de l'esprit de l'Évangile. Jésus a guéri les malades, il a fait lever les paralytiques de leur lit, il a donné vie à une communauté fraternelle, y compris dans la communion des biens matériels, il ne les a pas consolés en les laissant dans leur misère, dans l'attente du paradis. Il a dit « malheur » aux riches, il nous a donné la parabole du riche glouton et de Lazare et il nous a invités à passer par le chas de l'aiguille. Son Royaume était et est avant tout pour cette vie, pas pour « celle à venir ». Ce qu'écrit Léon XIII était l'expression de la théologie de la Contre-Réforme, l'esprit catholique de son temps. Après lui il y a eu Vatican II, Don Mazzolari et Don Zeno, Francesca Cabrini et le pape François. Les catholiques ont créé peu d'entreprises corporatives, celles-ci ont été réalisées par les fascistes. Ils ont plutôt fait naître des syndicats, de nombreuses caisses rurales et coopératives où ils ont changé et remis en question les droits de propriété du Capitalisme, ils ont réduit dans la mesure du possible les inégalités sur cette terre, et continuent de le faire. Ils sont allés au-delà de la lettre de la Rerum Novarum, ils ont écouté son esprit, qu'ils ont également perçu dans les demandes d'égalité de leur temps et du nôtre.

Nous traversons aujourd'hui une période semblable. La peur et la nostalgie des temps glorieux du passé ne peuvent plus dicter les nouvelles Rerum Novarum.

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par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/01/2026

L’encyclique Rerum Novarum (RN, 1891), la première entièrement consacrée aux questions socio-économiques, avait une valeur symbolique bien plus grande que son contenu. Son esprit était bien plus important que sa lettre. Elle affirmait que la vie économique et le travail faisaient partie intégrante de la pensée et de l'action de l'Église catholique : ils n'étaient pas à la périphérie, mais au centre de l'humanisme évangélique. Des milliers et des milliers de catholiques se sont enfin sentis vus, compris et reconnus par l'Église dans leur engagement social et économique. Ils le savaient déjà, mais après cette encyclique, ils le savaient davantage, et il n'y avait plus aucun doute. Le jugement historique sur le contenu de ce texte est en revanche une opération différente, qui nécessite des études et une certaine dose de courage.

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L’âme de l’économie/2 - Du néothomisme, pour résister à l'impact de la culture dominante, aux idées du Père Liberatore qui préparent l’ « Rerum novarum »

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/01/2026

« C'est une attitude anti-historique par excellence que de considérer les problèmes, les opinions, les sentiments d'autrefois à l'aune des sentiments et des convictions d'une époque complètement différente ».

Arturo Carlo Jemolo, «Stato e Chiesa in Italia», p. 23-24

L'histoire des relations entre l'Église catholique et la culture moderne est celle d'une rencontre manquée, d'accusations et d'anathèmes réciproques, qui, à certains moments, s'est transformée en véritable confrontation. Une histoire qui commence au moins avec Luther et la Contre-Réforme, et qui s'est poursuivie, à des rythmes différents, jusqu'au concile Vatican II - et qui se poursuit encore aujourd'hui. La réaction de l'Église catholique face à l'esprit moderne a été la peur, ce qui a déclenché des contre-attaques, des fermetures, des condamnations à l'égard de cet hôte inquiétant. L'homme moderne n'était donc pas perçu par l'Église catholique comme un fils, certes rebelle mais toujours un fils ; il était plutôt considéré comme un ennemi, comme le plus grand ennemi, les Gog et Magog qui auraient pu anéantir la Christianitas. Nous ne saurons jamais ce que la modernité et l'Église auraient pu devenir si l'ennemi avait été traité comme un fils adolescent, si ses menaces avaient été interprétées comme le développement des germes évangéliques du Moyen Âge, bien que mûris de manière et sur des terrains différents de ceux imaginés par les hiérarchies et les théologiens. Dans la vie des personnes et des peuples, l'art le plus difficile à apprendre est de reconnaître un salut qui arrive là où et comme nous ne l'aurions jamais pensé ni voulu.

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Même le processus qui a conduit à l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII doit être lu dans le contexte de cette rencontre manquée : « Léon XIII a condamné la pensée moderne, si audacieuse dans son jugement sur la religion et le catholicisme, mais il ne l'a pas affrontée : il l'a jugée de l'extérieur et d'en haut, comme son prédécesseur, il n'y est pas entré pour l'analyser, la discerner, la désagréger. L'un et l'autre se sont trouvés tout ce temps face à face comme deux puissantes armées, sans entrer en contact ». Ce sont les mots de Romolo Murri, qui poursuivait ainsi : « Le pontificat de Léon XIII aurait eu un caractère tout autre que celui qu'il a eu si les documents doctrinaux n'étaient pas ce qu'ils sont : une revendication rigide et une exposition systématique, et non un travail de pénétration dans le monde moderne, d'assimilation, de réintégration... La société moderne a montré qu'elle ne savait ni ne voulait se persuader d'abandonner ses idées et ses voies pour entrer dans celles qui lui sont officiellement présentées par l'Église », car la société moderne « veut faire sa propre expérience » (Un papa, un secolo, e il cattolicesimo sociale, 1904, p. 78-79). Une expérience moderne que l'Église catholique n'a pas comprise et a condamnée, à commencer par la liberté de conscience, son premier « délire », comme l'avait déjà défini Grégoire XVI (Mirari Vos, 1832), qui conduisait à penser que « le fidèle et l'incroyant, l'orthodoxe ou l'hérétique ont la même valeur » (M. Liberatore, La Chiesa e lo Stato, 1872, p. 48). Un délire, donc, également appelé libéralisme. Ces « choses nouvelles » n'étaient pas « bonnes » pour l'Église, elles étaient très mauvaises ; à celles-ci s'ajoutèrent bientôt les grandes poussées du Socialisme et du Capitalisme, et tout se compliqua.

Dans ce climat, Gioacchino Pecci, qui n'était pas encore Léon XIII, écrivait dans sa lettre pour le Carême de 1877 : « Un mot dont les incroyants abusent beaucoup... est le mot Civilisation. Ce mot est devenu un fléau » (Lettres du cardinal G. Pecci, 1880, p.119-120). Et à la veille de l’encyclique Rerum Novarum, on peut lire dans La Civiltà Cattolica (un texte anonyme, mais probablement de M. Liberatore) : « Il n'y a pas d'homme sensé qui ne prévoie que, à ce rythme, l'Europe versera dans les horreurs du nihilisme » (Année 1889, p. 257). Romolo Murri, en revanche, espérait que l'aube du XXe siècle marquerait le début de quelque chose de nouveau, que les « choses » deviendraient enfin « nouvelles » et bonnes. Il espérait, en d'autres termes, que les catholiques commenceraient à « jeter leurs idées et leur esprit dans le creuset de cette expérience de la société moderne, afin que mûrissent des idées sensées, des projets lumineux et une vie religieuse plus intense pour l'humanité » (p. 80-81). La voie empruntée par Pie X, le successeur de Léon XIII, ne fut cependant pas celle souhaitée par Don Romolo Murri, comme en témoigne également son parcours personnel : deux ans après la publication de son livre, Murri fut suspendu a divinis, puis excommunié en 1909. Pie X, béatifié par Pie XII, exacerba l'anti-modernisme déjà présent dans le catholicisme du XIXe siècle.

La genèse de l’encyclique Rerum Novarum s'inscrit dans un mouvement théologique et social très complexe. Après la période napoléonienne, l'Église catholique avait entamé, non sans résistance, un renouveau théologique et culturel partiel, centré sur le retour à saint Thomas et à sa théologie. L’encyclique Rerum Novarum n'est pas seulement le fruit du retour au système thomiste et à la scolastique, mais on ne peut la comprendre sans Thomas et sans le thomisme. Léon XIII a commencé son pontificat en déclarant explicitement et « politiquement » son intention de revenir à Thomas. L'Aeterni Patris, de 1879, l'une de ses premières encycliques (il en écrivit quatre-vingt-six), fut en fait son manifeste théologique et pastoral pour « faire revivre et revenir à sa splendeur primitive la doctrine de saint Thomas d'Aquin » (AP). Vincenzo Gioacchino Pecci (sa mère l’appelait Vincenzo) découvrit et épousa le thomisme dès 1828, grâce aux enseignements de Luigi Taparelli d'Azeglio. À Naples, en 1849, fut fondée l'Académie de philosophie thomiste, et quelques années plus tard (1879), à Plaisance, vit le jour la revue « Divus Thomas ». Giuseppe Pecci, le frère de Gioacchino, faisait également partie du cercle thomiste italien. Il fonda l'Académie Saint-Thomas à Pérouse (1859).

Cette élite théologique se rendait compte que la théologie catholique traditionnelle et contre-réformiste ne pouvait pas résister à l'impact de la pensée moderne. Pour tenter d'affronter cette bataille culturelle avec un peu d'espoir de ne pas en sortir anéantie, il n'y avait qu'une seule possibilité : tout miser sur le meilleur théologien, le plus influent et le plus universellement estimé : Thomas, le Docteur angélique, et donc Aristote. Ils étaient convaincus qu'il n'y avait pas de meilleure ressource à leur disposition. Thomas était déjà présent dans la formation théologique antérieure (pensons à la scolastique espagnole), mais il était mélangé à la piété populaire, au culte des saints, à Augustin relu dans une perspective platonicienne, aux manuels pour confesseurs et à l'étude de la théologie qui était fixée sur la réforme du concile de Trente. Il fallait donc une relance, une vision systémique d'ensemble : « Afin que la Théologie sacrée prenne et revête la nature, la forme et le caractère d'une véritable science » (Léon XIII, Aeterni Patris). Le néo-thomisme est donc né comme une réforme et une innovation de l'Église, comme une réforme de la formation des prêtres. Le thomisme n'a toutefois pas interrompu cette longue période moderne, que l'Église catholique a vécue comme une chaîne ininterrompue d'erreurs depuis Luther. Thomas n'est pas devenu un moyen de dialogue entre l'Église et la modernité, mais un instrument de lutte.

Lorsque le cardinal Pecci devint Léon XIII, il était déjà thomiste. La présence de la philosophie de Thomas dans l’encyclique Rerum Novarum n'est donc pas attribuable aux idées des professeurs qui ont rédigé les ébauches préparatoires. Léon les a choisis précisément parce qu'ils étaient thomistes, en plus d'être les meilleurs dans la sphère catholique. L'un d'entre eux, certainement le plus important et le plus influent, était le Père Matteo Liberatore. Originaire de Salerne comme Antonio Genovesi (qu'il ignore, même s’il l’a certainement connu), jésuite, il fut l'un des fondateurs de la « Civiltà Cattolica » (1850). Contemporain de Francesco Ferrara et de Giacchino Pecci (très résistants, tous trois moururent à plus de 80 ans, Ferrara à 90 ans et Léon à 93 ans). Brillant écrivain et polémiste, il fut l'un des penseurs les plus géniaux du catholicisme du XIXe siècle : « On le retrouve au cœur des moments les plus importants de la vie ecclésiale » (F. Francesco Dante, La civiltà cattolica e la Rerum Novarum, p.49).

Vers la fin de sa vie, il écrivit en 1889 les Principes d'Économie politique, un ouvrage annoncé dans certains articles publiés dans La Civiltà cattolica. Traduit en anglais (1891) et en français (1899), il n'eut cependant aucun impact sur la science économique de l'époque. Il fut ignoré par les économistes libéraux. 1889 est également l'année de la publication des Principes d'Économie pure de Maffeo Pantaleoni, le manuel le plus influent de cette génération, écrit lorsque l'auteur avait 32 ans : Liberatore en avait près de 80, autre indicateur de modernité. Liberatore n'était pas un économiste, son livre est essentiellement une longue homélie économique, qui a laissé la science économique exactement telle qu'il l'avait trouvée, sans même l'effleurer. Un traité qui illustre parfaitement les voies différentes et divergentes que la doctrine sociale catholique et l'économie moderne avaient déjà empruntées. En lisant le livre, on comprend qu'il s'agit d'un dialogue de l'auteur avec quelques ouvrages - presque tous vieux d'au moins cinquante ans - présents dans son bureau : Smith, Say, Minghetti, Bastiat, Malthus, Ricardo, Sismondi... Aucune référence à Marx, qu'il est difficile d'imaginer dans sa bibliothèque. Ce livre est un excellent guide pour comprendre l'approche de Rerum Novarum, où l'on retrouve bon nombre des idées de ce texte de Liberatore. Il nous est plus utile aujourd'hui qu'il ne l'était à ses contemporains.

Le ton du livre reflète parfaitement celui de l'Église de son époque : tout à fait défensif, donc polémique, agressif, nostalgique. Dès les premières pages il affirme sans avec force et sans détour : « Le libéralisme moderne est semblable à la mouche qui, partout où elle se pose, laisse un germe de corruption et de puanteur » (p. 5). Le libéralisme ne coïncide pas avec le libéralisme économique - que Liberatore appelle déjà capitalisme -, mais, comme nous l'expliquera plus tard B. Croce, les deux sont profondément liés. L'Église catholique détestera le libéralisme culturel mais aimera presque le libéralisme économique.

Les pages les plus intéressantes du Traité sont celles qui concernent la propriété privée, d'où ressort l'intention de l'Église de l'époque d'essayer d'imaginer la fameuse troisième voie entre le socialisme et le capitalisme. En réalité, plus qu'une troisième voie, il s'agissait d'une tentative de correction de la première voie, le Capitalisme, qui, dans sa structure sociale et philosophique fondamentale, était de loin préféré au Socialisme, avec quelques ajustements (concernant les relations patron-ouvriers, les œuvres caritatives et pas grand-chose d’autre). Le véritable ennemi était donc le Socialisme, et le Capitalisme apparaissait comme un moindre mal et peut-être même comme un bien, surtout en raison de sa défense acharnée de la propriété privée et de l'inégalité entre les hommes comme condition naturelle et nécessaire - nous le verrons dimanche prochain. Pour l'instant, savourons simplement cette phrase : « Le plus curieux, c'est que les partisans de l'égalité vantent en même temps la liberté. Et ils ne comprennent pas que la liberté et l'égalité s'opposent diamétralement » (p. 163).

La troisième voie inaugurée par l’encyclique Rerum Novarum n'est donc devenue que la voie catholique vers le capitalisme. La Modernité, très redoutée sur le plan religieux et social (libéralisme et socialisme), faisait beaucoup moins peur sous sa forme capitaliste. Et aujourd'hui, nous en voyons toutes les conséquences.

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L’âme de l’économie/2 - Du néothomisme, pour résister à l'impact de la culture dominante, aux idées du Père Liberatore qui préparent l’ « Rerum novarum »

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/01/2026

« C'est une attitude anti-historique par excellence que de considérer les problèmes, les opinions, les sentiments d'autrefois à l'aune des sentiments et des convictions d'une époque complètement différente ».

Arturo Carlo Jemolo, «Stato e Chiesa in Italia», p. 23-24

L'histoire des relations entre l'Église catholique et la culture moderne est celle d'une rencontre manquée, d'accusations et d'anathèmes réciproques, qui, à certains moments, s'est transformée en véritable confrontation. Une histoire qui commence au moins avec Luther et la Contre-Réforme, et qui s'est poursuivie, à des rythmes différents, jusqu'au concile Vatican II - et qui se poursuit encore aujourd'hui. La réaction de l'Église catholique face à l'esprit moderne a été la peur, ce qui a déclenché des contre-attaques, des fermetures, des condamnations à l'égard de cet hôte inquiétant. L'homme moderne n'était donc pas perçu par l'Église catholique comme un fils, certes rebelle mais toujours un fils ; il était plutôt considéré comme un ennemi, comme le plus grand ennemi, les Gog et Magog qui auraient pu anéantir la Christianitas. Nous ne saurons jamais ce que la modernité et l'Église auraient pu devenir si l'ennemi avait été traité comme un fils adolescent, si ses menaces avaient été interprétées comme le développement des germes évangéliques du Moyen Âge, bien que mûris de manière et sur des terrains différents de ceux imaginés par les hiérarchies et les théologiens. Dans la vie des personnes et des peuples, l'art le plus difficile à apprendre est de reconnaître un salut qui arrive là où et comme nous ne l'aurions jamais pensé ni voulu.

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La (difficile) troisième voie catholique entre capitalisme et socialisme

La (difficile) troisième voie catholique entre capitalisme et socialisme

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