Logique charismatique

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Logique charismatique/10 - Nous devons être capables d'imaginer de nouvelles formes de vie en commun, plus nomades et fluides.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire on 21/11/2021

« Et à chaque fois, mon système était beau, vaste, spacieux, confortable, propre et surtout fluide. Et chaque fois, un produit spontané et inattendu de la vitalité universelle venait réfuter ma science puérile et désuète, la déplorable fille de l'utopie. »

Charles Baudelaire, Exposition Universelle, 1855

Il n'y a pas de christianisme sans communauté, même lorsque les communautés s’affaiblissent et sont éprouvées. L'oublier, c'est nier l'humanisme de la Bible et des Évangiles.

Je suis très fasciné par la figure du prophète Jérémie. Alors que tous - prêtres, rois et prophètes courtisans - niaient que les Babyloniens de Nabuchodonosor allaient détruire le temple et conquérir Jérusalem, Jérémie répétait avec ténacité qu'Israël serait vaincu et déporté dans un long exil. Mais ensuite, avec la même certitude prophétique, il a ajouté : à la fin un petit reste sera de retour, notre histoire continuera ; une histoire s’achève, mais notre histoire n'est pas terminée.

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L'Église est déjà en exil depuis un certain temps, même si beaucoup ne s'en sont pas rendu compte. Jérusalem et le temple ont déjà été occupés par de nouveaux Babyloniens. Ils n'ont pas été détruits, mais simplement mis à contribution pour nourrir les nouveaux dieux insatiables de la consommation et du mérite. Et au sein de notre exil, Jérémie, et avec lui toute la Bible, nous répète : une histoire s’achève, mais l'histoire n'est pas terminée, car un reste fidèle continuera. C'est notre espérance, celle qui ne disparaît pas. Les autres espoirs sont les illusions des faux prophètes, inscrites dans le registre de paie des Babyloniens.

C'est dans ce temps d'exil que j'ai également placé cette réflexion sur les communautés charismatiques. Et c'est dans cet esprit qu'il faut les lire, le long des fleuves de Babylone. Je n'ai pas accroché ma plume aux saules, j'ai essayé d'écrire, de chanter sur la terre d'exil. Des pages qui ne refusaient pas l'exil, mais tentaient de regarder au-delà des grands fleuves. Nous savons aujourd'hui que les Juifs ont écrit leurs plus beaux livres à Babylone, que la Bible y est née, qu’ils ont pu parler de l'Alliance et de la Terre promise alors qu'ils ne les voyaient plus et qu'elles n'étaient plus qu'un douloureux souvenir. Nous aussi, nous devons parler des communautés et des charismes, de leurs peines et de leurs problèmes, sans jamais quitter des yeux l'Alliance ni la Terre promise.

Ici-bas, les communautés nées autour d'un charisme comptent parmi les réalités les plus sublimes et les plus exaltantes. Elles sont vulnérables et fragiles, car c'est toujours la partie la plus profonde et la plus intime de la vie qui est par nature vulnérable, fragile et exposée aux tragédies. La promesse de la Bible et des Évangiles sera toujours une promesse communautaire, elle aura toujours lieu au milieu de nous, et pas seulement dans nos cœurs. Si vous voulez tuer la Bible et les Évangiles, il vous faut supprimer les communautés - et beaucoup s’y emploient, en essayant de transformer la vie chrétienne en une affaire individuelle, privée d’une forte appartenance, en un consumérisme spirituel émotionnel et solitaire, somme toute inoffensif.

L'Église naît comme une communauté. Jésus appelle douze hommes, douze amis, et aussitôt après d'autres hommes et des femmes. Avec eux, il a donné vie à une expérience communautaire extraordinaire que ni la trahison de Judas, ni le reniement de Pierre, ni le Golgotha n'ont pu vaincre. Le premier geste de Jésus à Capharnaüm consiste à appeler ses disciples, ses compagnons, une façon de nous signifier que cette histoire est intrinsèquement collective, que c’est l'histoire de "deux ou plus". Le premier nom des chrétiens est pluriel. Ensuite sont venus les apôtres et, au cours des siècles, les milliers de charismes qui, grâce à leurs communautés, ont fécondé et enrichi la terre. Les lettres de saint Paul nous parlent de communautés dont les problèmes ne sont pas moins graves que ceux mis en évidence dans cette série d’articles (et au cours de ces quatre dernières années). Dans ces premières communautés ecclésiales, c'est la proximité historique avec le Christ et avec un charismatique comme Paul qui a créé les conditions préalables à l'émergence d'excès, d'erreurs et d'exagérations de toutes sortes. Pour cette même raison, il est beaucoup plus probable que les problèmes dont nous avons parlé se rencontrent plus fréquemment dans les communautés ayant un fondateur encore en vie (ou récemment décédé) que dans celles issues de charismes anciens, voire très anciens.

Les vocations communautaires participent de l’immense, et de ce fait elles courent de hauts risques. Elles induisent un jeu de miroirs multiple entre la personne, la communauté et le charisme. Un jeu remarquable, fantastique, sublime, qui explique en grande partie la force et le charme irrésistible de ces expériences. Il s’y produit une admirable convergence entre l'intérieur et l'extérieur, entre l'âme individuelle et l'âme collective. Ce qui nous arrive de l'extérieur est perçu comme existant déjà au-dedans de nous. Plus on explore notre âme, plus on y trouve la communauté, plus on connaît la communauté, plus on y rencontre notre propre âme, que nous reconnaissons dans celle de chaque membre. Quand je dis « je », c’est un « nous » qui me répond, et lorsque nous disons "nous", j'entends prononcer mon nom, dont l’écho est aussi vaste que le monde, aussi infini que le ciel. Le bonheur que procurent de telles expériences est vraiment inouï, et ceux qui les vivent n'y renonceraient pour rien au monde. C'est le côté exceptionnel des communautés charismatiques, comme dans toute aventure, on y côtoie des risques et des problèmes : en escaladant de hautes cimes, on frôle les abîmes.

Dans toute cette dynamique individuelle et collective, un élément important, peut-être le plus décisif et le plus négligé, est le temps. Au fil des ans, à l’âge adulte, l'expérience de la vocation est vécue et perçue de manière très, parfois trop différente. L'aube et le coucher du soleil sont séparés par la lumière de midi et on ne les reconnaît donc pas comme des moments du même jour, comme les différentes teintes de la même lumière.

Il existe une profonde affinité entre les jeunes et les communautés charismatiques. Le jeune est généreux, s’affranchit des limites ordinaires, il recherche l’aventure, ne craint ni l’excès ni la démesure, il veut pleinement savourer la vie. Il est pur, il aime et vit sans faire des calculs, il témoigne d’une foi authentique loin de toute idéologie. C'est pourquoi, au contact de l'énergie dégagée par un charisme, il prend son envol et ne s'arrête jamais. Il croit tout, il espère tout, il endure tout pour ne pas revenir de ce vol fou, quitte à faire naufrage dans cet océan.

La vie communautaire met presque toujours en valeur les qualités d’un jeune, le pousse à s'épanouir, à porter ses premiers fruits. Sur terre peu de réalités sont plus belles et plus pures qu'un jeune épris d'un charisme. Surtout si ce jeune est porteur d’une vocation spirituelle, d’un véritable appel.

Ainsi, un premier effet de la vocation spirituelle, surtout quand elle se développe au sein d'une communauté, est l'allongement du temps de la jeunesse, voire de l'enfance. On reste jeune – comme les enfants de l‘Évangile - pendant longtemps, et certains traits de jeunesse demeurent tout au long de la vie – une certaine candeur, les yeux d'un enfant, la capacité de s'émouvoir devant la beauté, de s’étonner devant les excès de bonté et de méchanceté. On comprend alors qu'en raison de l'expérience extraordinaire vécue au temps de la jeunesse, devenir adulte au sein d'une communauté charismatique soit particulièrement difficile, et parfois, pour ne pas dire souvent, quelque chose se brise lors de ce passage.

Tout d'abord quand on est jeune, il est difficile, voire impossible, de comprendre que toute cette expérience merveilleuse est la fête du jour de noce et qu'en tant que telle, elle est destinée à être éphémère. C'est difficile ou impossible, car si nous en étions vraiment conscients, nous nous arrêterions avant d’entreprendre le voyage. Une inconscience providentielle est indispensable pour se mettre en route. Cependant, s'il n'y a pas un accompagnement adéquat au cours des années de vie communautaire qui suivent, le choc inévitable de la rencontre avec le principe de réalité peut être dévastateur. Car si le processus de maturation n'est pas vécu comme un passage vers plus de conscience et de vérité, il ne peut être interprété que comme un déclin et, souvent, comme une trahison et une déception.

En présence des premières fissures nécessaires dans le mur de cette vocation née au temps de la jeunesse et des formes concrètes qu'elle a prises, il arrive trop souvent qu'au lieu de laisser le premier mur s'effondrer et de découvrir ainsi de nouveaux jardins et des prairies sur lesquels courir librement, on fasse appel à des maçons pour colmater les brèches et restaurer l'ancien édifice. Ainsi, le jour où ces rafistolages ne tiendront plus et où l'édifice s'effondrera, l'écroulement, inévitable et soudain, ne sera pas vécu comme la possibilité d'un avenir meilleur, plus large et plus lumineux, mais comme un tremblement de terre et une destruction. Le paysage que l'effondrement ouvre devant nous, au lieu d'indiquer de nouveaux horizons pour une vie et une maturité nouvelles, inspire maintenant la peur et nous restons coincés au milieu des décombres humains, psychologiques et professionnels.

Si les réflexions de ces dernières semaines comportent quelque chose de réel, alors, pour que les communautés charismatiques continuent à attirer des personnes ayant des vocations et connaissent ainsi un nouveau printemps, reprennent vie après l'exil, il y a un besoin immense et urgent de courage et de risque pour permettre à ces murs de s'effondrer. Nous devons être capables d'imaginer de nouvelles formes de vie en commun, plus nomades et fluides, notamment dans la phase adulte de la vie des personnes. Trouver davantage de manières de vivre une forte appartenance à la communauté, fidèles à l'esprit du charisme mais capables de changer les formes concrètes et organisationnelles qu’il a suscitées dans le passé. La vocation est unique, mais les formes de vocations sont multiples. Au temps des exils et des inondations, seul ce qui est souple et petit survit.

Un dernier point, un dernier mot personnel, murmuré. Alors que tu vis le temps adulte de l'exil, n'oublie jamais celui de ton premier amour, lorsque ton cœur a entendu des paroles différentes et éternelles (Os 2,16), que tes yeux ont vu un autre regard. Ce n’est pas un mensonge, c'est seulement lointain. Tu voulais toucher le ciel et tu as touché ta terre, peut-être pour pouvoir enfin l'aimer vraiment. N'oublie pas ce premier pacte, n'oublie pas cette grande promesse : tout cela était pour toi. N'oublie pas qu'au début d'une vie devenue maintenant compliquée, il y avait vraiment quelque chose de merveilleux. Il y avait un jeune, un jeune homme, qui dans la splendeur de son jeune âge a cru, et qui est parti avec un oui inconditionnel. Au début, il y avait une réalité merveilleuse, une beauté, une gratuité et une générosité infinies. Et si elle était là au début, elle est là pour toujours. Aucune déception, aucune douleur, rien au monde ne peut l’effacer. Il ne faut pas les laisser faire. Et ensuite essayer de se relever.

Lorsque le Fils de l'homme reviendra sur terre, trouvera-t-il encore la foi dans la communauté ?

Dédié à Friederike, qui m'a appris qu'à l’âge adulte une vocation peut resplendir encore plus qu’au temps de la jeunesse.

Dimanche prochain, je reviendrai sur l'autre volet de ma collaboration avec "Avvenire" : les commentaires bibliques. Avec Osée, un prophète difficile et très aimé. Merci à vous, chers lecteurs, de m'avoir suivi au cours de ces dix réflexions sur les communautés, interrompues par un mois inattendu de convalescence qui a donné, peut-être, une autre saveur à mes propos. Certains d'entre vous les ont trouvés durs, et je le comprends ; j'espère que d'autres les ont également trouvés utiles, écrits avec la même âme que celle avec laquelle on adresse des mots durs mais nécessaires à un ami, ou à soi-même. Merci à Marco Tarquinio, éditeur et ami très cher, qui continue à me suivre, confiant et courageux, dans ce travail hebdomadaire difficile et merveilleux, en pleine traversée de l'exil.

« Merci à Luigino Bruni, toujours, pour son amitié, sa généreuse ténacité, y compris dans l'épreuve, et pour sa lumineuse fidélité à la Parole, aux paroles partagées et à la vérité inconfortable mais accueillante qui donne sens aux entreprises de la vie et nourrit notre être communautaire. » (mt)

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Logique charismatique/10 - Nous devons être capables d'imaginer de nouvelles formes de vie en commun, plus nomades et fluides.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire on 21/11/2021

« Et à chaque fois, mon système était beau, vaste, spacieux, confortable, propre et surtout fluide. Et chaque fois, un produit spontané et inattendu de la vitalité universelle venait réfuter ma science puérile et désuète, la déplorable fille de l'utopie. »

Charles Baudelaire, Exposition Universelle, 1855

Il n'y a pas de christianisme sans communauté, même lorsque les communautés s’affaiblissent et sont éprouvées. L'oublier, c'est nier l'humanisme de la Bible et des Évangiles.

Je suis très fasciné par la figure du prophète Jérémie. Alors que tous - prêtres, rois et prophètes courtisans - niaient que les Babyloniens de Nabuchodonosor allaient détruire le temple et conquérir Jérusalem, Jérémie répétait avec ténacité qu'Israël serait vaincu et déporté dans un long exil. Mais ensuite, avec la même certitude prophétique, il a ajouté : à la fin un petit reste sera de retour, notre histoire continuera ; une histoire s’achève, mais notre histoire n'est pas terminée.

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En exil, souvenez-vous…

En exil, souvenez-vous…

Logique charismatique/10 - Nous devons être capables d'imaginer de nouvelles formes de vie en commun, plus nomades et fluides. par Luigino Bruni Publié dans Avvenire on 21/11/2021 « Et à chaque fois, mon système était beau, vaste, spacieux, confortable, propre et surtout fluide. Et chaque fois, u...
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Logique charismatique/9 - Se former à l'autonomie pour trouver sa vocation dans la vocation.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 14/11/2021.

« Au cours de l'interaction sociale, les groupes humains développent des effets qui ne faisaient pas partie de leurs intentions. Les récompenses financières peuvent entraîner une baisse de la production; le durcissement des mesures répressives peut conduire à une augmentation de la criminalité. »

Robert K. Merton, Les canons de l'anti-sociologue

Diverses motivations animent ceux qui font partie des communautés charismatiques. Les imitateurs y jouent un rôle déterminant et presque toujours sous-estimé.

Une caractéristique, la plus fréquente peut-être, du discours que nous nous obstinons à tenir depuis plusieurs années sur les communautés et mouvements charismatiques (le premier article date du 8 février 2015), est la relation entre les bonnes intentions et la médiocrité des résultats. De nombreux "pièges à extinction" collectifs, dont certains sont même néfastes et difficiles à cerner, résultent des effets pervers d'actions entreprises en toute bonne foi au nom du bien commun.

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L'un de ces pièges, important et trop peu analysé, est lié aux phénomènes d'imitation et de conformisme qui affectent les communautés, en particulier les communautés charismatiques. Pour comprendre un peu, dans ce bref article, ces dynamiques complexes, il faut simplifier le cadre et pour cela subdiviser les membres d'une communauté charismatique en trois catégories, selon le type de motivations qui les ont amenés à y entrer puis à y rester (sachant que "entrer" et "rester" sont deux verbes très différents).

Un premier groupe de membres se caractérise par une motivation intrinsèque dominante ou exclusive : ces personnes sont attirées par la communauté, par son charisme et non par autre chose, parce qu'elles ont répondu à une vocation authentique le jour où elles ont ressenti une harmonie parfaite entre leur âme et celle du charisme. Mais ces membres présentent une double caractéristique : d'une part, ils ont une probabilité presque nulle de quitter la communauté, ils ne font pas de calculs, ils donnent tout, parce que (et jusqu'à) ils s'identifient complètement au charisme. D’autre part ce sont généralement les premiers à partir s'ils sont convaincus que la communauté a trahi son charisme. Aussi sont-ils particulièrement révoltés lorsqu'ils quittent une communauté : n'y étant entrés que pour des raisons intérieures, l'expérience subjective de la trahison est pour eux particulièrement dévastatrice (encore plus chez les femmes). Autrement dit, le jour où le charisme disparaît de leur âme, les sujets de ce premier groupe, qui n’ont pas d'autre "mobile" que le charisme, n'ont plus aucune raison de rester et mille motifs de s’en aller.

Ces personnes intrinsèquement motivées sont généralement peu nombreuses, et elles n’ont pas nécessairement toujours une fonction positive : je n'aborde pas les effets pervers de la motivation intrinsèque dans cet article, mais il est bon de savoir qu'ils existent et qu'ils peuvent être très graves, car les personnes essentiellement motivées par leur conviction intérieure n’écoutent pas les feedback que leur renvoie la réalité extérieure. Les membres de ce premier groupe ne coïncident pas avec les leaders ou les managers : ils se trouvent souvent à la périphérie, ils exercent des fonctions peu valorisées, également parce que leur attention aux dimensions intrinsèques les conduit facilement à entrer en conflit avec les besoins de gestion du gouvernement de la communauté : tous les leaders préfèrent les médianes aux extrêmes ou aux pointes.

Il y a ensuite les membres du deuxième groupe : c’est l’image inverse du premier. Il s'agit des personnes qui sont entrées puis restées dans la communauté sans aucune vocation ni motivation idéale. Elles y sont arrivées pour les raisons les plus diverses (recherche de compagnie, intérêts, besoins...) ; ce ne sont pas nécessairement des personnes moralement mauvaises, opportunistes ou fausses, car leur caractéristique est qu'elles n'attribuent aucune valeur intrinsèque aux idéaux, ni au charisme en soi – elles sont dans cette communauté mais pourraient être dans une autre. Ce sont donc des personnes qui ne répondent qu'à des mobiles subjectifs, elles restent dans la communauté tant que cela leur convient - il est toujours bon de savoir que dans les communautés, même les plus belles, un quota des membres de ce deuxième groupe est susceptible d’exister : les Évangiles relatent des épisodes qui montrent que ce fut aussi le cas autour de Jésus.

Enfin, il y a les sujets intermédiaires, ceux du troisième groupe. Ce sont ceux qui associent des motivations intrinsèques et extrinsèques, ils sont attirés à la fois par des aspirations idéales et par des satisfactions subjectives. Le trait saillant de ce troisième groupe est qu'il agit par imitation. Ce sont des conformistes, qui tirent leur satisfaction principalement du fait de suivre les traits culturels, spirituels, linguistiques et éthiques qui émergent et dominent dans la communauté (Antoci, Bruni, Russo et Smerilli, The founder's curse, 2020). Ne disposant pas de motivations personnelles suffisantes pour être autonomes, leur éthique individuelle devient celle de la communauté. Par conséquent, en fonction de l'ethos collectif dominant, ils imiteront soit les membres du premier groupe, soit ceux du second. Puisqu'une communauté vit et se développe si la culture qu'elle diffuse tend à être en harmonie avec le charisme, ce troisième groupe imite le premier groupe, et non les membres du deuxième, sans quoi la communauté se désintégrerait ou se dénaturerait, car un charisme relève essentiellement d’une motivation intrinsèque.

Les membres correspondant au profil du troisième groupe sont de loin les plus nombreux dans les communautés nées d’un charisme. Cependant - et c'est là le cœur du problème - chaque membre de ce troisième groupe est à la fois semblable et différent des autres : tous sont conformistes, mais sous le même comportement se cachent, invisiblement, des préférences individuelles en partie différentes. Certains, en effet, sont très proches du groupe 1, d'autres du groupe 2, beaucoup se trouvent dans une zone intermédiaire.

C'est au sein de ce troisième groupe que s’entremêlent des éléments décisifs pour ces communautés : on ne peut pas facilement distinguer les membres du groupe 3 de ceux du groupe 1. Les imitateurs se comportent comme s'ils étaient intrinsèquement motivés sans l'être, ni l'être autrement.

Le sort et la qualité des communautés dépendent de la composition interne du groupe de conformistes. Si une communauté, par exemple, compte trop de membres du troisième groupe ayant des niveaux de motivation intrinsèque très bas, c'est-à-dire proches du seuil (zéro) qui les sépare du groupe 2, cette communauté est très sensible aux crises idéales majeures. Les membres du deuxième groupe ayant déjà une motivation intrinsèque nulle ou négative, ces crises ne les affectent donc pas. Ceux du premier groupe ont des motivations très élevées, et si la crise n'affecte pas la même foi dans le charisme (ce qui est une crise différente), ce groupe est protégé d'une baisse moyenne de motivation. Le groupe critique est donc le troisième. Et il en est ainsi pour de nombreuses raisons, toutes cruciales.

Supposons que la plupart des membres du groupe 3 d'une communauté X aient aujourd'hui des motivations intrinsèques très faibles, disons entre 0,1 et 0,6. Ces motivations sont suffisantes pour qu'ils n'appartiennent pas au groupe 2 mais au groupe 3. Si une crise survient dans cette communauté et réduit la motivation intrinsèque de chacun d'une valeur moyenne de -0,6, tous les imitateurs dont la motivation est comprise entre 0,1 et 0,6 se retrouveront avec une motivation négative ou nulle. Ils deviennent alors des membres du groupe 2. La situation inverse se produirait si les motivations du groupe 3 se regroupaient au seuil de la séparation avec le groupe 1.

On comprend alors que la capacité à résister aux crises majeures dépend beaucoup de la manière dont la communauté et ses dirigeants se comportent avec les imitateurs-conformistes en temps ordinaire. Il y a les communautés qui encouragent et développent une culture d'imitation conformiste et celles qui favorisent l'autonomie des individus. La culture d'imitation est très tentante : elle rapporte beaucoup à court terme, car elle réduit les discussions, les tensions dans la prise de décision, les coûts de gestion et accélère la mise en œuvre des projets ; la seconde est au contraire plus lente, plus coûteuse et plus risquée. Former à l'autonomie signifie renoncer au contrôle total des consciences, mettre chacun en situation de mûrir des convictions personnelles sur le charisme, de trouver sa propre vocation dans sa vocation, de décider librement de rester ou de partir (parfois on ne reste que parce qu'on n'a pas la liberté de partir), de travailler sur le "pourquoi" et non sur le "comment", c'est-à-dire sur les raisons profondes du charisme et non sur des modalités techniques. Lorsque le premier type de formation prévaut, la grande rapidité et l’efficacité dans les moments heureux produit une énorme vulnérabilité lors des moments critiques.

Mais il y a plus. Dans les communautés charismatiques, le conformisme est généralement particulièrement récompensé et encouragé. Alors que le pragmatisme des entreprises récompense et encourage parfois les membres non-conformistes et créatifs (s'ils apportent du chiffre d'affaires et des bénéfices), dans les communautés charismatiques, le non-conformisme est presque toujours synonyme d'infidélité au charisme, il est considéré comme un comportement déviant qu’il faut décourager, car généralement on ne sait pas comment le gérer. La fidélité finit par être identifiée à la conformité au charisme, et la conformité au charisme à la conformité à l'éthique dominante de la communauté. D’où une conséquence pratique importante : les leaders de ces communautés, qu’ils soient au sommet, au centre ou à la périphérie, sont généralement des membres du troisième groupe, rarement du premier : ce sont des conformistes qui sont cependant généralement pris à tort pour des personnes intrinsèquement motivées comme celles du premier groupe.

Confondre loyauté et conformité, et donc récompenser la conformité, donne lieu à des gouvernements et des pratiques conformistes, incapables de la créativité et de l'innovation qui seraient essentielles à la pérennité d'une communauté dans le temps. Ces "pièges" sont parmi les causes les plus courantes du déclin des communautés.

Par ailleurs, lorsque la culture communautaire privilégie l'imitation et le conformisme, elle voit à court terme une augmentation de ses membres mais pas de ses vocations, car elle se développe en attirant beaucoup de personnes ayant une culture conformiste – ce qui vient renforcer le troisième groupe et un peu le deuxième, au détriment du premier. Ce succès numérique fait croire que la stratégie de formation est la bonne, mais au fil du temps ce cercle vicieux se nourrit de lui-même jusqu'à créer un parfait "piège à extinction". Dans les communautés où la culture est principalement conformiste, les crises de motivation sont dévastatrices, parfois fatales, car le fait d'avoir récompensé et encouragé le conformisme produit des personnes ayant un déficit de motivation intérieure et d’autonomie.

Les crises peuvent alors être considérées comme des tests de résistance qui révèlent la nature des personnes qui composent une communauté : une crise qui entraîne de nombreuses défections peut signaler que cette communauté s'est développée en attirant presque exclusivement de nombreux membres imitateurs. Et à partir de là, la communauté peut essayer de se relever - cela s'apprend sur le Golgotha.

Des scénarios encore différents se présentent lorsque la crise est déclenchée par le départ d'un ou plusieurs membres du groupe 1, lorsque ces derniers ne sont ni des membres du groupe 3, ni du groupe 2, mais des personne dont la motivation intrinsèque est très élevée. Dans ces cas, les effets sont encore différents, mais nous en parlerons à une autre occasion.

Après les grands succès des miracles en Galilée, l'Évangile de Jean nous raconte la première grande crise de la communauté de Jésus : « Alors Jésus dit aux Douze : "Allez-vous aussi vous en aller ?" » (Jn 6, 60). Jésus révèle à ses disciples qui il est vraiment, et la crise arrive. Parmi ceux qui l'avaient suivi, il y avait une population très diverse, avec des motivations différentes. Beaucoup sont partis. Mais parmi ceux qui sont restés, il y a ceux qui ont su résister à la plus grande crise, celle de la crucifixion. Et ils ont changé le monde.

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Logique charismatique/9 - Se former à l'autonomie pour trouver sa vocation dans la vocation.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 14/11/2021.

« Au cours de l'interaction sociale, les groupes humains développent des effets qui ne faisaient pas partie de leurs intentions. Les récompenses financières peuvent entraîner une baisse de la production; le durcissement des mesures répressives peut conduire à une augmentation de la criminalité. »

Robert K. Merton, Les canons de l'anti-sociologue

Diverses motivations animent ceux qui font partie des communautés charismatiques. Les imitateurs y jouent un rôle déterminant et presque toujours sous-estimé.

Une caractéristique, la plus fréquente peut-être, du discours que nous nous obstinons à tenir depuis plusieurs années sur les communautés et mouvements charismatiques (le premier article date du 8 février 2015), est la relation entre les bonnes intentions et la médiocrité des résultats. De nombreux "pièges à extinction" collectifs, dont certains sont même néfastes et difficiles à cerner, résultent des effets pervers d'actions entreprises en toute bonne foi au nom du bien commun.

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Les pièges du conformisme

Les pièges du conformisme

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Logique charismatique/8 - De petits seuils personnels d'auto-ségrégation peuvent conduire à ériger des murs élevés.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 07/11/2021

« À l'origine de notre malaise actuel se trouve précisément la subtile sensation d'impuissance, l'idée de courir frénétiquement après quelque chose qui échappe continuellement à notre compréhension. »

Mario Pomilio, Carnet industriel

Dans la société et les organisations des phénomènes indésirables se produisent au niveau collectif que personne ne souhaite au niveau individuel. Et que l'on retrouve également dans la dynamique communautaire.

Notre civilisation est très attachée à la liberté individuelle et protège de toutes ses forces la sphère privée des préférences individuelles. La société occidentale moderne elle-même a développé depuis au moins un demi-siècle des théories et des analyses pour étudier les défaillances de la souveraineté de l'individu : les cas où le jeu des choix basés sur les préférences individuelles produit des effets collectifs pervers. Parce que la "main invisible" qui transforme et agrège les choix des individus n’engendre pas toujours de bonnes transformations collectives, ni pour les individus, ni pour les sociétés.

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Un pionnier de ces études est l'économiste bien connu Thomas Schelling, lauréat du prix Nobel, qui a démontré, entre autres, que la culture qui s'établit dans une communauté est différente des préférences de ses membres pris individuellement. Son étude sur l'auto-ségrégation raciale involontaire dans les choix de logement ("Dynamic models of segregation", 1971) est bien connue. Il a montré que, pour que des quartiers réservés aux Blancs et aux Noirs se forment dans une ville, il n'est pas nécessaire que les individus pensent : « Je veux être dans un quartier réservé aux Blancs » ou « réservé aux Noirs ». Au contraire, il suffit que les résidents blancs (ou noirs) pensent : « Je ne veux pas vivre au milieu de deux maisons de familles noires (ou blanches) », et dans certains cas, il suffit de penser : « Je ne veux pas vivre à côté de trois familles différentes de moi. » Ces préférences individuelles, qui en elles-mêmes ne semblent pas vouloir une exclusion radicale, la produisent pourtant, et l'on se retrouve dans un monde que personne ne souhaite ni ne veut.

Cela s'applique à la ségrégation ethnique mais aussi à toute forme d'intolérance collective, car une culture radicalement raciste et intolérante peut naître de personnes qui, prises une à une, ne sont pas si racistes ni intolérantes. Ce petit "seuil" de fermeture que je m'impose, et qui ne semble pas particulièrement intolérant à ma conscience, associé aux petits seuils des autres, finit par ériger un véritable mur. C'est comme si un ver de bois s'insinuait dans la limite que je fixe à ma tolérance et à mon altruisme et détruisait la racine de la coexistence sociale en raison de son interaction avec les vers de bois des autres. Pour éviter ces effets détestables et involontaires, nous devons nous éduquer afin de maintenir les seuils d'intolérance très bas, et même les éliminer - c'est là que réside tout défi éducatif. Ces études montrent en effet que les collectivités amplifient les barrières individuelles, elles ne les réduisent pas. La paille qui se trouve dans mon œil devient une poutre dans l’œil du groupe ; et une fois créée, cette poutre prend la place de la paille et aveugle tout le groupe. Les analyses de Schelling comptent parmi les plus importantes des sciences sociales contemporaines. Aujourd'hui, elles sont appliquées aux phénomènes climatiques et aux choix de consommation, où l'on aboutit à des résultats collectifs et globaux très graves et sans caractère durable, même lorsque les préférences des individus seraient plus écologiques. Ces résultats dépendent non seulement des effets indirects de nos choix (les fameuses "externalités"), mais aussi de phénomènes plus complexes déclenchés par l'agrégation des préférences individuelles.

Cela est également particulièrement pertinent pour toutes sortes d'organisations et de communautés. Chaque communauté produit une culture et une identité collective qui lui sont propres, très évidentes pour ceux qui l'observent de l'extérieur - un peu moins pour ceux qui la regardent de l'intérieur. Ici aussi, il arrive que la culture et les pratiques engendrées aillent bien au-delà des préférences des membres pris individuellement. La culture communautaire que nous observons n'est pas un instantané de celles des individus. Chaque communauté développe son propre style, sa propre personnalité spirituelle, son propre langage et son propre jargon avec des traits et des expressions spécifiques qui ne peuvent être compris que par ses membres ; elle génère des manières de prier, de se déplacer, des clins d'œil, des gestes, un style vestimentaire... qui se renforcent au fil du temps. Ces traits collectifs ne sont ni la moyenne, ni la somme et le produit du comportement des individus, ni le résultat de l'imitation par tous d'un leader (comme c'est le cas pour les modes). Certes, contrairement à d'autres institutions et organisations, dans les communautés charismatiques, le fondateur a un rôle particulier, mais la culture collective n'est pas la photo agrandie du fondateur, ni celle qu’il a souhaitée - dans ces processus, le fondateur pèse plus que les autres, mais pas suffisamment pour déterminer la culture collective. Les mêmes courants internes qui se forment dans les communautés, c'est-à-dire les petits cercles et les sous-groupes, y compris la composition des tables de la cantine, sont souvent le fait de personnes qui, prises une à une, seraient plus ouvertes et portées au dialogue que les groupes fermés qu'elles forment. L'isolement et l'autoréférence, qui apparaissent extérieurement comme des traits importants et caractéristiques des communautés charismatiques, sont souvent des phénomènes d'auto-isolement involontaire.

Pour que des communautés où les membres rencontrent toujours des personnes de leur propre communauté voient le jour, il n'y a pas besoin de personnes qui n'ont pas de relations sociales en dehors de la communauté. Il suffit, en maintenant les paramètres du modèle de Schelling et en étendant sa logique, que des membres individuels commencent à penser : « J'aime rencontrer des personnes d'autres groupes et communautés, mais sur deux ou trois réunions, il y en a au moins une que je veux faire uniquement dans ma propre communauté. » Une préférence individuelle, qui, là encore, n’est pas particulièrement fermée ni antisociale, mais qui peut involontairement générer de fortes fermetures collectives et des formes d’auto-ségrégation. Cela explique, entre autres, un fait fréquent et mystérieux pour beaucoup de gens : l’existence de communautés qui, dans leur ensemble, semblent (et sont souvent) fermées et autoréférentielles, mais dont les membres, quand on prend le temps de les connaître individuellement, sont très ouverts et sociables, au point de nous faire penser : « Comment donc une telle personne a-t-elle pu se retrouver dans une telle communauté ! » Ce à quoi Schelling pourrait nous répondre : « Regardez, cette communauté ne voulait pas non plus finir ainsi ! Elle en est arrivée là sans le vouloir ! »

Mais ces maladies et névroses peuvent-elles être prévenues ou traitées ? Tout d'abord, si nous voulons être honnêtes, les communautés charismatiques développent ces résultats presque inévitablement, ce sont des formes de maladies auto-immunes, mais elles peuvent être plus ou moins graves selon les mesures que l'on prend. Pour vraiment les prévenir - puisque la guérison a posteriori est presque impossible - nous devrions avoir des personnes avec des seuils d'ouverture très bas (1 sur 5, par exemple), ou des seuils nuls. Mais aucune communauté ne naît sans que ses membres ne se rencontrent et ne renoncent à un certain degré de liberté par rapport à leur socialité antérieure. Et plus les communautés ont besoin de liens d'appartenance forts, plus les auto-ségrégations sont probables, où le degré initial d'ouverture partielle de l'individu se transforme en fermeture au niveau collectif. Ainsi, de nombreuses personnes entrent dans des communautés avec un réel désir de continuer à appartenir à d'autres secteurs de vie et de cultiver d'autres relations extérieures, et se retrouvent ensuite dans des communautés où elles ne rencontrent que des personnes de la même communauté ; de plus - c'est un point intéressant - cela se produit sans que les personnes aient changé leurs préférences individuelles. Même si, au fil du temps, il est possible et probable que les préférences individuelles changent inconsciemment jour après jour et s'alignent sur la pratique collective.

Enfin, ces mécanismes involontaires peuvent expliquer (ou du moins offrir un aperçu) d'autres phénomènes similaires qui se produisent au niveau des personnes et au sein des communautés. J'ai parfois été en contact avec des communautés religieuses où il était très difficile de "toucher" l’âme des personnes, qui préféraient passer de nombreuses heures en prière ou en adoration plutôt que de parler quelques minutes avec moi ou d'autres membres de leur communauté. La prière devenait une sorte d'immunitas qui les protégeait de la communitas, un rideau invisible qui les immunisait contre les rencontres authentiques et immédiates avec les autres. Ces résultats s'expliquent (en partie) par la même logique : pour qu'une communauté ne se réunisse qu'avec des personnes qui passent tout leur temps libre dans la chapelle et n'interagissent plus entre elles, il suffit que chacun de ses membres cultive ce type de préférence : « J'aime être avec les autres personnes de la communauté, c'est sûr, mais sur deux ou trois réunions, je veux en faire une où je suis seul dans la chapelle. » Là encore, des préférences individuelles "légères", une fois agrégées collectivement, génèrent des personnes qui se séparent elles-mêmes - une autre forme de "mort" ou de maladie grave pour une communauté. Et l'on peut également comprendre pourquoi il est fréquent qu’au fil des ans les membres des communautés charismatiques réduisent leur réseau de relations d'amitiés profondes.

De bonnes pratiques, des normes sociales, des règlements communautaires sont également destinés à prévenir ces maladies. Mais à une époque où la souveraineté de l'individu et le (nécessaire) respect de la vie privée sont enfin devenus importants au sein des communautés spirituelles, il devient de plus en plus difficile de mettre en œuvre des actions et des normes qui brisent ces pièges involontaires. La véritable prévention possible est alors de travailler sur la prise de conscience de l'existence de ces mécanismes de fermeture involontaire. Tous les membres d'une communauté devraient régulièrement se demander : quelles sont les limites invisibles que j'ai instaurées dans mes relations ? Combien de relations suis-je en train de vivre avec des " seuils intérieurs " ? Combien de communautés naguère vitales suis-je en train de perdre progressivement ? Quelle est la fluctuation de mes relations ? Quels et combien de degrés d'intolérance est-ce que je cultive en moi ? Les auto-tests de discernement sont difficiles, mais pas impossibles, surtout si la communauté offre des outils pour les faire, peut-être ensemble, même si l'on n'en ressent pas le besoin. Les communautés devraient inclure des procédures semblables au "dépistage" sanitaire auquel les gens doivent se soumettre à partir d'un certain âge, indépendamment des symptômes, dans le seul but de prévenir. Ce ne sont pas des choix faciles pour les responsables, car ils sont conscients du risque que certains découvrent leur maladie après le test, qu’en répondant à ces questions difficiles ils aillent en crise et finissent peut-être par quitter la communauté.

Mais plus forte devrait être leur conscience des dommages causés par l'absence d'une telle prévention, y compris du risque de voir la communauté s’éteindre elle-même. Car si dans la première phase de développement d’une communauté les préférences des individus sont plus souples que la culture collective, à partir de la deuxième génération, les gens sont surtout attirés par la culture collective qui a été générée involontairement. Et donc, sans que personne ne le veuille, les quelques nouvelles "vocations" qui arrivent sont généralement plus fermées que ne l'étaient les membres de la première heure - une fois que nous serons devenus un quartier "réservé aux Blancs", nous n'aurons que des nouveaux voisins blancs. Les nouveaux arrivants, qui présentent des seuils plus élevés, augmentent la fermeture de la communauté, ce qui entraîne des cycles de dégénérescence néfastes. C'est ainsi que les communautés disparaissent souvent involontairement, si aucune mesure décisive allant délibérément dans un sens contraire n'est pas prise à temps.

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Logique charismatique/8 - De petits seuils personnels d'auto-ségrégation peuvent conduire à ériger des murs élevés.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 07/11/2021

« À l'origine de notre malaise actuel se trouve précisément la subtile sensation d'impuissance, l'idée de courir frénétiquement après quelque chose qui échappe continuellement à notre compréhension. »

Mario Pomilio, Carnet industriel

Dans la société et les organisations des phénomènes indésirables se produisent au niveau collectif que personne ne souhaite au niveau individuel. Et que l'on retrouve également dans la dynamique communautaire.

Notre civilisation est très attachée à la liberté individuelle et protège de toutes ses forces la sphère privée des préférences individuelles. La société occidentale moderne elle-même a développé depuis au moins un demi-siècle des théories et des analyses pour étudier les défaillances de la souveraineté de l'individu : les cas où le jeu des choix basés sur les préférences individuelles produit des effets collectifs pervers. Parce que la "main invisible" qui transforme et agrège les choix des individus n’engendre pas toujours de bonnes transformations collectives, ni pour les individus, ni pour les sociétés.

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La paille et la poutre

La paille et la poutre

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Logique charismatique/7 - Après leur fondation, les communautés vivent si elles passent du fonctionnement animal au fonctionnement végétal.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 31/10/2021

« L'extrémité des racines, ayant le pouvoir de diriger les mouvements des parties adjacentes, agit comme le cerveau d'un animal. »

Charles Darwin, Le pouvoir de mouvement des plantes.

Dans les communautés charismatiques, il n'y a pas d'employés, mais des personnes qui ont reçu un appel et qui ont le même ADN que le fondateur. Elles peuvent donc se sauver elles-mêmes : leurs racines vitales n’appartiennent pas au passé, mais au présent et au futur.

En cette ère de changements écologiques et économiques urgents, certains commencent à se pencher sur les plantes pour trouver une nouvelle inspiration, pour nous protéger de la planète et la préserver de nos nuisances. Car tant que nous pensons à la durabilité à partir du même canevas, nous raisonnons comme s'il était possible de résoudre les problèmes avec le système qui les a produits. Plus précisément, le système économique capitaliste s'est développé sur le modèle animal. Lorsque l'homo sapiens animal a dû imaginer l'économie, l'usine et l'entreprise, il les a conçues à son image. Nous avons ainsi construit des entreprises et des institutions "animales", c'est-à-dire avec une forte division et spécialisation des fonctions, avec un "cerveau" et un "cœur" dont dépendent tous les autres organes. Les institutions bâties sur ce modèle ont appris à courir très vite, sont devenues de plus en plus efficaces, pillant et dévorant les ressources. Ainsi, l'économie et le PIB ont progressé grâce aux courses folles des entreprises et de la consommation, produisant d'excellents résultats ; mais un jour, elles ont franchi le seuil de ce que l'on appelle la tragédie des biens communs, à laquelle nous assistons tous, spectateurs et victimes tout à la fois. 

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L'économie n'a pas imité les plantes - comme nous l'écrivions dans ces pages : " Au temps de la toile d'araignée " (5 mars 2016). Les plantes, contrairement aux animaux, sont ancrées dans sol et, en réponse à l'extrême vulnérabilité due à leur immobilité, elles n'ont pas développé d'organes spécialisés comme les animaux (si vous ne pouvez pas vous enfuir et que vous avez un cœur et un foie, si un animal mange un de vos organe vitaux, il vous tuera). Les plantes ont appris à respirer, à voir, à sentir avec tout leur corps. D'où leur grande résilience : on peut tuer un animal en le frappant au cœur, une plante en revanche peut survivre même si elle perd 80 à 90 % de ses tissus: un tronc sectionné peut voir naître un nouveau bourgeon. Dans la Bible, nous retrouvons plusieurs fois l'image de l'arbre, de la vigne, de la graine pour désigner le Peuple, l'Église, le Royaume des Cieux.

La vie végétale a également beaucoup à dire aux communautés charismatiques. Elles sont issues d'un ou plusieurs fondateurs/fondatrices, qui donnent à la communauté charismatique une forme semblable à celle de l'animal. Le fondateur est nécessairement le centre (le cœur), et les différents organes et fonctions dépendent de lui. On retrouve ensuite cette configuration dans toutes les fonctions et dans les différentes communautés locales, qui reproduisent toutes ce modèle central. Dans les communautés charismatiques, contrairement aux organisations bureaucratiques (c'est-à-dire "gouvernées rationnellement par des bureaux" et non par les charismes des individus), les responsabilités et les rôles dépendent directement du fondateur. Elles reposent sur une relation de confiance totale, sur un pacte implicite de reconnaissance mutuelle. Cela permet à la communauté de courir très vite dans la première phase de son développement, de voler aussi haut qu'un aigle.

Mais comme Max Weber nous l'a appris, l'autorité charismatique prend fin avec la disparition du leader charismatique, lorsque s’installe l'organisation bureaucratique du charisme. Au cours des siècles passés, la phase charismatique des mouvements ne durait généralement que peu de temps, et il était donc plus facile d'observer clairement les différences entre la gouvernance de la phase charismatique et celle de la phase suivante. À notre époque, en revanche, les fondateurs restent très longtemps dans leur organisation. Il arrive donc qu'une certaine bureaucratie se développe alors que le fondateur dirige encore sa communauté, afin de rendre cette vie communautaire ordonnée et rationnelle. Une certaine bureaucratie charismatique commence. Et c'est dans cette phase de proto-institutionnalisation du charisme que se posent des défis décisifs pour l'avenir. Pourquoi ?

Tant que le fondateur est en vie, l'organisation qui voit le jour est inévitablement conçue autour de son rôle central et unique. Il ne peut pas se développer autrement. Des problèmes se posent toutefois, car ces premières formes d’organisation hybride, où charisme et institution sont mêlés, sont transmises à la génération qui suit la fondation comme une partie essentielle de l'héritage immuable du charisme. Les premières outres et le vin deviennent presque la même chose. Ainsi, lorsque le fondateur disparaît, son successeur se retrouve dans une organisation conçue "par et pour" le fondateur. Il doit jouer un rôle qu’il n’a pas les moyens d’assumer, tout simplement parce que ce rôle, conçu par le fondateur, n'est possible que pour celui-ci.

Le successeur se retrouve au centre de toutes les connexions et interactions de la communauté, sans être en mesure de les gérer. Le fondateur avait des qualités et des caractéristiques spirituelles et humaines qui lui étaient propres. Son successeur, en revanche, ne peut et surtout ne doit pas continuer à être le cœur de sa communauté – sans quoi il crée une nouvelle communauté. Mais s'il se retrouve dans le même type de gouvernance que le fondateur, les problèmes commencent inévitablement. Il y a des retards dans la prise de décision et divers goulots d'étranglement dans l'exécution du travail ordinaire. Les énergies sont presque toutes utilisées pour gérer la dynamique interne, de sorte qu'il n'y en a plus pour penser stratégiquement à l'avenir : un présent ingérable ronge l’avenir.

En effet, lorsque le fondateur commence à rédiger la règle et donc le rôle du président et du gouvernement de sa communauté, il se réfère à lui-même et à son équipe, et se sert de son expérience de président-fondateur pour concevoir la figure des futurs présidents et de la future gouvernance. Les experts lui rappellent que le futur président ne pourra pas exercer les mêmes fonctions que le fondateur, et c'est souvent le fondateur lui-même qui en est conscient ; mais la communauté et le fondateur n'ont pas d'autres repères que le passé et le présent. Ainsi, la règle communautaire finit inévitablement par être une photo de la réalité vécue par ceux qui l'écrivent.

C'est l'une des raisons pour lesquelles les mouvements et les communautés peinent aujourd'hui à gérer l’étape qui suit une fondation, car ils sont incapables de "jouer" la partition qui leur a été laissée en héritage. Alors, que faire ? Si nous voulons être tout à fait honnêtes, nous devons dire que l'organisation créée et voulue par le fondateur, en un certain sens, meurt le jour où son fondateur disparaît, elle meurt avec la mort de son cœur. C'est la première vulnérabilité, décisive et incontournable, de cette organisation bâtie sur le modèle animal et qui qui caractérise la première étape. Le charisme ne meurt pas, mais seulement la première organisation qui l’a contenu. Mais - et c'est là le problème - si la première organisation ne meurt pas, il se peut que le charisme meure à sa place.

Pour éviter les malentendus, il faut tenir compte du fait que dans la tradition, et souvent aussi dans la règle écrite par un fondateur, il y a une partie qui concerne la forme de vie de la nouvelle personnalité spirituelle (individuelle et collective) que le charisme apporte sur terre, qui ne peut changer dans le temps que dans des aspects très marginaux. Mais dans les traditions écrites et orales des communautés spirituelles (surtout contemporaines), on trouve presque toujours une description des règles de gouvernance et de l'organisation pratique de la communauté. Dans cette deuxième partie, il y a aussi des dimensions charismatiques fondatrices et originales qui ne doivent pas être perdues (une communauté charismatique a impérativement besoin d'une gouvernance en cohérence avec le charisme qui l'a fait naître) ; mais il y a aussi des pratiques et des règles qui ont été conçues en fonction du fondateur et de son organisation typiquement animale, et qui, si elles ne changent pas, finissent rapidement par bloquer le développement de la communauté. C'est facile à dire, mais c'est très difficile à faire, car les disciples du fondateur ont instinctivement tendance à considérer toute la règle et la tradition comme intouchables et "sacrées", surtout si le fondateur les a lui-même conçues.

D'où cette proposition : pour revenir à notre analogie, dans la phase de transition qui se situe entre le fondateur et ses successeurs, l'organisation charismatique devrait passer d'une organisation animale à une organisation végétale. Lorsqu’il disparaît, une communauté peut remplacer son fondateur par un président, elle change le cœur et conserve la gouvernance en place : cette solution ne fonctionne pas car elle ne peut pas marcher. Mais elle peut aussi décider de changer beaucoup de choses pour sauver l'essentiel. C'est ainsi qu'elle peut revoir la partie "pratique" de la règle en créant une gouvernance végétale. Elle répartit les fonctions, naguère centralisées, dans tout le corps, et met en œuvre une véritable gouvernance subsidiaire. Comme celle des plantes, où l'attaque d'un parasite sur une feuille est d'abord résolue par la feuille elle-même, puis, en cas d'échec, par les feuilles voisines, puis par la branche entière, et enfin seulement par les branches plus éloignées et parfois par les arbres voisins. Elle apprend à respirer, à penser, à ressentir avec tout le corps. D'ailleurs, les communautés monastiques naissent comme des plantes : leur centre n'est pas le fondateur, encore moins l'abbé. Leur racine est la règle, et ainsi de nombreux monastères ont vécu et vivent pendant des siècles, comme de grands arbres.

Comment assurer l'unité d'une organisation végétale ? Les plantes ont elles aussi leur propre gouvernement, qui n'est pas moins efficace que celui des animaux, et qui se loge principalement dans leur code génétique et, pour certaines fonctions, dans leurs racines. Au cours des générations qui suivent le fondateur, l'unité de la communauté et la gouvernance des décisions les plus importantes sont confiées à l'ADN et aux racines du charisme. Les communautés charismatiques peuvent le faire, car à la différence des entreprises, elles n'ont pas des employés mais des personnes ayant une vocation, donc dépositaires du même ADN spirituel que le fondateur (un franciscain a le même "code génétique" que François, il ne l'apprend pas mais le découvre, car il le portait déjà en lui). Ce sont donc les membres de la communauté qui ont la capacité de lui garantir un avenir – c’est là sa force et sa vulnérabilité. Une grande partie de ce que le cœur faisait auparavant peut désormais être réalisée par l'ensemble du corps si le charisme devient la racine. Souterraines, invisibles, les racines soutiennent et nourrissent l'ensemble de l'arbre, elles captent tout et, comme un cerveau différent, envoient des messages à toute la plante, en dialogue avec la terre. Ne commettons pas l'erreur de penser que les racines, immuables et fixes, appartiennent au passé ; dans le monde végétal, les racines relèvent aussi du passé, mais elles sont surtout le présent et le futur. Si un charisme réussit à devenir une plante qui résiste aux crises, il devient très difficile de le faire mourir. Cependant, il doit ralentir, développer de nouveaux sens, grandir en profondeur, apprendre à connaître toute la forêt et de nouveaux langages pour coopérer avec les différents arbres.

Les plantes ont développé leur résilience pour répondre aux défis de l'environnement : une grande vulnérabilité due à leur ancrage dans le sol les a obligées, pour vivre, à se doter d’organisations très différentes de celles du règne animal. Cette vulnérabilité due à l'impossibilité de se déplacer est devenue un gage de longévité. Après la disparition des fondateurs, l'environnement change profondément : on fait l’expérience d’une vulnérabilité nouvelle et différente. La sagesse des plantes peut nous suggérer comment transformer la faiblesse en force et continuer à vivre : « Il est comme un arbre planté le long d'un cours d'eau, portant du fruit en son temps … » (Psaume 1, 3).

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Charles Darwin, Le pouvoir de mouvement des plantes.

Dans les communautés charismatiques, il n'y a pas d'employés, mais des personnes qui ont reçu un appel et qui ont le même ADN que le fondateur. Elles peuvent donc se sauver elles-mêmes : leurs racines vitales n’appartiennent pas au passé, mais au présent et au futur.

En cette ère de changements écologiques et économiques urgents, certains commencent à se pencher sur les plantes pour trouver une nouvelle inspiration, pour nous protéger de la planète et la préserver de nos nuisances. Car tant que nous pensons à la durabilité à partir du même canevas, nous raisonnons comme s'il était possible de résoudre les problèmes avec le système qui les a produits. Plus précisément, le système économique capitaliste s'est développé sur le modèle animal. Lorsque l'homo sapiens animal a dû imaginer l'économie, l'usine et l'entreprise, il les a conçues à son image. Nous avons ainsi construit des entreprises et des institutions "animales", c'est-à-dire avec une forte division et spécialisation des fonctions, avec un "cerveau" et un "cœur" dont dépendent tous les autres organes. Les institutions bâties sur ce modèle ont appris à courir très vite, sont devenues de plus en plus efficaces, pillant et dévorant les ressources. Ainsi, l'économie et le PIB ont progressé grâce aux courses folles des entreprises et de la consommation, produisant d'excellents résultats ; mais un jour, elles ont franchi le seuil de ce que l'on appelle la tragédie des biens communs, à laquelle nous assistons tous, spectateurs et victimes tout à la fois. 

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Et le cœur est devenu la racine

Et le cœur est devenu la racine

Logique charismatique/7 - Après leur fondation, les communautés vivent si elles passent du fonctionnement animal au fonctionnement végétal. par Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 31/10/2021 « L'extrémité des racines, ayant le pouvoir de diriger les mouvements des parties adjacentes, agit comme...
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Logique charismatique/6 - La maturité d'une communauté consiste à se libérer du mythe du fondateur parfait.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 26/09/2021

« - Et toi, Moïse, pourquoi pries-tu ?
- Je prie le Dieu qui est en moi de me donner la force de lui poser de vraies questions. »

Elie Wiesel, La Nuit

L'utilisation féconde (et humble) de l'héritage du passé est une opération décisive pour ne pas compromettre l'avenir, et malheureusement on se trompe en cherchant à identifier quel est vraiment le bon levain.

« Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode ! » (Mc 8,15). C'est là une parole (loghion) de Jésus. Elle n'est pas facile à interpréter, et on a écrit de nombreuses pages à son sujet, à commencer par les Pères de l'Église. Le levain est un terme important dans la Bible, il suffit de penser au pain sans levain de Pâques. C’est un symbole de vie, mais aussi de contamination. Le levain est utilisé pour la parole, l'enseignement, mais surtout comme principe de changement concernant le monde. Dans le Nouveau Testament, c’est un synonyme du Royaume des Cieux (Mt 13,13). La référence au levain d'Hérode, des pharisiens, des "sadducéens" (Mt 16,6) est donc en lien avec le type de royaume que le Messie doit apporter sur la terre. À l'époque de Jésus, le messianisme avait pris une forte connotation apocalyptique, renforcée par l'occupation romaine.

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Pour les pharisiens, la venue du Messie devait s'accompagner d'événements spectaculaires, de signes qui devaient confirmer l'arrivée imminente du nouveau royaume : « Quelques-uns des scribes et des pharisiens lui adressèrent la parole : "Maître, nous voulons voir un signe de toi". » (Mt 12,38). La royauté politique prônée par Hérode, en réaction contre l’occupation romaine, est, elle aussi, trompeuse. Jésus avertit résolument ses apôtres, frappés et bouleversés par ses miracles, de ne pas adhérer aux théories messianiques et apocalyptiques : « Il surgira des faux messies et des faux prophètes qui feront des signes et des prodiges afin d’égarer, si c’était possible, les élus. » (Mc 13,22). Les Évangiles nous rapportent les dialogues entre Jésus et ses disciples au sujet de son identité ("qui dites-vous que je suis ?"), et les personnes les plus proches de lui étaient dans ce processus de découverte de son identité. Ainsi, Jésus fait tout ce qu'il peut pour éviter de donner en spectacle ses signes (miracles), et dès qu'il remarque que les gens s'arrêtent au signe et comprennent mal le message, il détourne ou écarte la foule.

Voilà pour ce qui est des Évangiles. Si la tentation de suivre le mauvais levain a traversé la première communauté de Jésus, il est probable que c'est un phénomène qui peut se répéter dans les communautés charismatiques nées dans l'Église ; autrement dit « méfiez-vous du levain des pharisiens » est toujours d’actualité. En effet, il n'est pas rare de voir apparaître, dans la première phase des expériences charismatiques, des relents de spéculations messianiques et apocalyptiques, des lectures différentes de la nature du mouvement qui est en train de naître, de la signification des "signes" qui l’accompagnent. Les grands succès et les événements extraordinaires qui jalonnent souvent la naissance des courants charismatiques génèrent diverses interprétations du destin et de la tâche de ce nouveau "prophète" et de son mouvement. Le début, en effet, est souvent extraordinaire, c'est un eskaton anticipé : se produit alors presque inévitablement une sorte d’ivresse spirituelle et charismatique où tout semble possible. On fait l’expérience d’une sorte de toute-puissance, on rêve d’événements extraordinaires, on s’imagine être associés à des destins apocalyptiques de salut universel. On rejoint aussi la dimension du levain d'Hérode car on se sent porteurs de changements politiques et sociaux… et de celui des Pharisiens, où les signes sont interprétés comme des annonces messianiques de l'ère nouvelle. La fin des temps semble proche. Vus de l'extérieur, ces phénomènes peuvent sembler des délires, mais pour ceux qui les vivent, ils sont aussi normaux que possible, et le manque de compréhension extérieure renforce la conviction d’une tâche messianique.

Au début et au cours de l’évolution des mouvements charismatiques, de nombreux "levains" prolifèrent en leur sein. Mais, contrairement à la phrase de Marc où les levains d'Hérode et des Pharisiens ne sont que mauvais, dans les communautés charismatiques, même ces levains apocalyptiques peuvent contenir des éléments positifs, ils ressemblent à la levure-mère du charisme, et pour cette raison il est très facile de les confondre. Si, en revanche, les levains apocalyptiques et spectaculaires l'emportent, ils deviennent très dangereux, s’accompagnent de véritables névroses qui produisent beaucoup de dégâts économiques et des abus en tout genre, même lorsque les choses se passent en toute bonne foi. Dans les communautés charismatiques, il existe un autre élément décisif. En général, les fondateurs de communautés - ces remarques doivent toujours être prises comme le constat de tendances et non comme des postulats – n’interprètent pas ces propos de Jésus qui invite les disciples à se méfier des autres levains. Il n'est pas rare qu'ils soient comme les apôtres qui « ne comprennent pas », et se laissent entraîner par les mêmes rêves apocalyptiques.

Dans le déroulement concret des faits, le premier trompé par le mauvais levain peut être le fondateur qui, lorsqu'il est honnête (et il l'est généralement), met longtemps à comprendre que son "royaume" ne se trouve pas dans les grands événements qu'il a vu se produire, que ces signes relèvent seulement et uniquement de la grâce, qu'ils sont la belle chambre de l'hôtel de la lune de miel et non celle de la maison. Il ne comprend pas immédiatement que son charisme ne se réalise pas en allant à la conquête du monde, mais en diminuant, en devenant un petit troupeau et en suivant une trajectoire qui culmine au Golgotha. Le fondateur est le premier témoin des signes qu'il voit se produire autour de lui. Il en reste étonné et sidéré, émerveillé par ses propres émerveillements, guéri par ses propres guérisons. Ainsi, les membres des communautés charismatiques se trouvent être les premières victimes du levain des pharisiens, car ils n'ont personne pour les protéger mais tous, d'un commun accord, sont convaincus, se convainquent les uns les autres. Le fondateur sait que ces signes ne sont pas son œuvre, mais il sait aussi qu'il a reçu un don - un charisme - sans lequel ces signes n'existeraient pas.

Dans la première phase, il y a une conscience très forte de n'être qu'un instrument dans les mains de Dieu, mais ensuite se produit un passage fondamental, presque toujours sans que personne ne le veuille. La splendeur et la force des signes extraordinaires finissent par convaincre le fondateur que, bien qu'il soit un simple petit instrument, c'est le charisme qui est vraiment extraordinaire, unique, la réponse définitive à toutes les questions. Il est évident que louer et exalter le charisme est une façon d'exalter et de louer Celui qui en est la source ; mais entre-temps, le charisme qui est ce "tiers" entre le fondateur et l'Esprit, grandit et acquiert une vie propre. Le fondateur finit donc peu à peu par s'identifier au charisme, grâce surtout à ses disciples qui lui attribuent toutes les prérogatives de ce charisme, faisant de lui son hypostase (récepteur, dépositaire), et d'eux les hypostases de l'hypostase. Tout le monde sait au départ que le charisme occupe l’avant-dernière place et qu'en le servant on sert Dieu, mais entre-temps il grandit de plus en plus et avec lui grandit son fondateur. Les personnes qui entourent le fondateur, qui voient les mêmes signes et s’en émerveillent toujours plus, jouent ainsi un rôle décisif : celui de le conforter dans la conviction qu'il a reçu une mission pour le salut de l'Église et du monde, ce qui déclenche un remarquable et indéfectible processus d'auto-persuasion. Nous oublions, en toute bonne foi, que les fondateurs - comme les prophètes bibliques - sont des êtres humains, qu'ils font donc des erreurs, qu'ils se trompent sur eux-mêmes, qu'ils ne sont pas toujours les bons interprètes de la "voix" qui les habite, et qu'il leur faut toute une vie et de nombreuses rencontres pour apprendre à la reconnaître parmi toutes les autres.

Pour de nombreux charismes, la coexistence des levains est une phase inévitable. Le problème ne se situe pas au niveau du fondateur, mais dans la capacité (généralement faible) des générations suivantes à distinguer les différents types de levain. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que (et si) un jour quelqu'un se rende compte que le charisme a pris la place de Celui qui en est la source. Et comment cela ? On ne connaît que les Paroles de l'Écriture mises en valeur par le charisme, on ne prie qu’avec prières du charisme, on ne connaît que les "histoires du salut" véhiculées par le charisme, on ne parle et on n'aime que selon les manières et les formes du charisme, on ne lit que les publications du charisme. S'ils ne sont pas désamorcés, ces mécanismes, qui se sont mis en place en toute bonne foi, comptent parmi les principales causes de l'extinction des communautés charismatiques après la disparition des fondateurs (et parfois même avant), surtout lorsqu'il s'agit de charismes très riches.

Il y a enfin un aspect décisif. Si, au cours des premiers pas d'une communauté charismatique, coexistent différents levains, il s’y trouve alors des paroles et des pratiques immatures, qui ne sont pas issues de la levure-mère : lorsque tout va bien le temps, à travers les rencontres, les déceptions et les épreuves, se charge de les rectifier. Il en résulte un point important : lorsque les générations qui suivent une fondation revisitent l'ADN d’un charisme pour tenter les réformes nécessaires, il est essentiel d'identifier le bon levain, en le distinguant de celui des pharisiens. Il s'agit cependant d'une opération très compliquée, car le bon levain se mêle aux autres ferments et tous ces éléments se ressemblent. Ces levains différents ont également généré de la vie et des fruits, et ont souvent été des étapes intermédiaires nécessaires pour voir de bons fruits apparaître plus tard. Avec le temps une contagion s’est produite, et il faut éviter le risque de retenir définitivement tous les levains, mais aussi celui de tous les écarter, y compris la levure-mère.

Dans l’étape qui suit la fondation d’une communauté, il est essentiel que la réflexion sur le bon levain du charisme devienne une expérience plurielle et ouverte au débat, parce que les idées sur le bon levain sont et doivent être différentes : les responsables auront à cœur de cultiver particulièrement la douceur afin de maintenir cette tension vitale sans susciter des hérésies ni des dogmatismes, en évitant de créer des instances en charge de l'interprétation authentique et unique du bon levain. Parce que lorsque ce dialogue pluriel fait défaut au sein d’une communauté et qu’on décrète une seule lecture du passé, on s’achemine vers un processus d’ordre idéologique. Cette lecture unique est erronée. La vérité est symphonique : les quatre évangiles, les épîtres de Paul et les autres lettres, sans parler des évangiles apocryphes, offfraient diverses théories messianiques et apocalyptiques sur Jésus, et c'est à partir de là que l'Église a trouvé son équilibre au fil du temps. L'histoire des charismes nous enseigne qu'il est très probable que la source du bon levain ne se trouve pas dans les événements spectaculaires, les grandes perspectives apocalyptiques, les visions extraordinaires, les tremblements de terre, le feu, mais qu'elle se trouve plutôt dans la modestie, dans l'ordinaire de la vie, dans la simplicité, dans la "voix subtile du silence" d'Élie.

Ce long développement a deux conséquences pratiques. Tout d'abord, parmi les paroles des fondateurs, il y a, dès le début, des concepts erronés, partiels, immatures, et la maturité d'une communauté consiste à pouvoir admettre qu’elles sont fausses et pas seulement mal interprétées. C'est un exercice décisif qui libère les communautés du mythe du fondateur parfait : celui-ci les bloque presque toujours dans leur croissance et leur fécondité en les empêchant de s'approcher de l'humanité de leur fondateur qui se trouve voilée par ce mythe. Se tromper dans la relation avec l'héritage d'un charisme, c'est compromettre la qualité et l'existence de son avenir. Par ailleurs, réinvestir le vocabulaire de ses débuts n'est pas en soi la garantie d'en retrouver le cœur, car les différents ferments commencent à se développer très tôt. Les mots les plus importants sont peut-être venus plus tard, lorsque les événements et l'histoire ont fait mûrir ce charisme. Les paroles décisives de Jésus ont été les dernières. Discerner les levains est la tâche la plus importante des communautés en vue de leur avenir.

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Logique charismatique/6 - La maturité d'une communauté consiste à se libérer du mythe du fondateur parfait.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 26/09/2021

« - Et toi, Moïse, pourquoi pries-tu ?
- Je prie le Dieu qui est en moi de me donner la force de lui poser de vraies questions. »

Elie Wiesel, La Nuit

L'utilisation féconde (et humble) de l'héritage du passé est une opération décisive pour ne pas compromettre l'avenir, et malheureusement on se trompe en cherchant à identifier quel est vraiment le bon levain.

« Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode ! » (Mc 8,15). C'est là une parole (loghion) de Jésus. Elle n'est pas facile à interpréter, et on a écrit de nombreuses pages à son sujet, à commencer par les Pères de l'Église. Le levain est un terme important dans la Bible, il suffit de penser au pain sans levain de Pâques. C’est un symbole de vie, mais aussi de contamination. Le levain est utilisé pour la parole, l'enseignement, mais surtout comme principe de changement concernant le monde. Dans le Nouveau Testament, c’est un synonyme du Royaume des Cieux (Mt 13,13). La référence au levain d'Hérode, des pharisiens, des "sadducéens" (Mt 16,6) est donc en lien avec le type de royaume que le Messie doit apporter sur la terre. À l'époque de Jésus, le messianisme avait pris une forte connotation apocalyptique, renforcée par l'occupation romaine.

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Discerner les levains

Discerner les levains

Logique charismatique/6 - La maturité d'une communauté consiste à se libérer du mythe du fondateur parfait. par Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 26/09/2021 « - Et toi, Moïse, pourquoi pries-tu ? - Je prie le Dieu qui est en moi de me donner la force de lui poser de vraies questions. » Eli...
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Logique charismatique/5 - Toute communauté dépend de la façon dont elle évolue dans l'exercice de la fidélité.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 19/09/2021

Voilà ce qui est fidèle : le mur qui se fissure,
Mais en cela il n’est pas seul,
Car avec lui s’effrite aussi la statue
Qu’il supporte en son sommet...

Vladimir Holan, Fidé

Il est malheureusement courant que les pratiques et les traditions qui ont permis le succès d'une œuvre charismatique au début de sa fondation perdent leur vertu première et se transforment en leur contraire.

Dans toute expérience humaine, la fidélité est essentielle et, dans les communautés charismatiques, elle englobe presque tout. Elle s'articule à plusieurs niveaux : fidélité du fondateur ou de la fondatrice au charisme reçu, fidélité des membres de la communauté au charisme et au fondateur. Mais la possibilité pour une communauté de continuer à bien grandir après sa fondation dépend de sa capacité à faire évoluer sa façon d’exercer la fidélité.

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Au début, quand un charisme donne vie à une communauté, la fidélité revêt des caractéristiques spécifiques et nécessaires. Les membres de la communauté la vivent comme une adhésion inconditionnelle au charisme et au fondateur. Ils estiment qu'ils n'ont pas à apporter de changements au charisme tel qu'il est présenté et proposé : chacun d'eux ne doit exécuter que la même partition. Parce que dans cette première phase, la perfection toute cristalline du charisme apparaît extraordinaire, unique et d’une nouveauté indiscutable. Face à une telle réalité, personne ne ressent le besoin de développer des variations et des notes différentes. Rien n’est alors plus utile, plus sage et plus intelligent que de mettre tous ses talents au service de cette œuvre de Dieu, qui est sur le point de changer le monde. Et si, en arrivant dans la communauté, je jouais de la harpe, mais que celle-ci ne figure pas sur la partition, je dois immédiatement apprendre à jouer de la guitare ou de la flûte. L'excellence de cette première phase du charisme réside dans la recherche de l'interprétation parfaite, symphonique et chorale, d’un unique motif ressenti par tous. Il n'y a pas besoin de compositeurs, seulement d'excellents musiciens. La partition charismatique originale n'a besoin ni de créativité ni d'innovation. Le seul interprète et chef d'orchestre est son fondateur ou sa fondatrice. Cela ne signifie pas que les gens n'ont pas de talents. Ils en ont souvent plusieurs, mais ils les orientent vers une seule mission commune, et ils ne sont utilisés que s’ils y contribuent. Pour reprendre un modèle de l'économiste Joseph A. Schumpeter, au début, le seul innovateur est le fondateur, tous les autres membres sont des imitateurs, qui utilisent leur énergie pour reproduire la même "entreprise".

Cette interprétation de la fidélité absolue est associée à un mot qui lui est proche : la radicalité. On est d'autant plus fidèle que l’on est plus radical : les dimensions personnelles et subjectives restent en arrière-plan, jusqu'à disparaître. La radicalité devient la mesure de la fidélité. Sans cette gestion de la fidélité et de la radicalité, il est impossible pour un mouvement charismatique de naître et surtout de se développer. L'énergie spirituelle du fondateur est amplifiée et multipliée par l’adhésion fidèle de ses compagnons, jusqu'à atteindre des niveaux d'efficacité et de rendement inconnus, même des entreprises les plus performantes. L'énergie dégagée par un charisme dans sa phase de fondation est immense et dépend en grande partie de toutes les forces morales et spirituelles librement déployées par les disciples du fondateur, dans un jeu de miroirs qui se reflètent à l'infini. C'est une supernova de l'esprit, une explosion stellaire qui dégage une lumière et une énergie presque illimitées : en un temps record, elle en libère plus que le soleil ne le fait durant toute son existence. Ceux qui ont la chance de vivre personnellement la naissance d'un charisme expérimentent en quelques mois une lumière et une énergie supérieures à celles de toute une vie "ordinaire" et qui laisse pour toujours son empreinte dans la chair. Par ailleurs, ceux qui vivent cette fidélité radicale ne se sentent ni dépossédés ni manipulés, car c'est la seule chose qu'ils désirent profondément et librement, en la reconnaissant comme très intime et non extérieure. Parce qu'en étant fidèle au charisme, ils le sont à la partie la plus profonde et la plus vraie d’eux-mêmes. Lire l'origine des mouvements spirituels avec des catégories sociologiques et psychologiques ordinaires produit presque toujours des erreurs d'interprétation colossales - et elles sont nombreuses.

Mais - et c'est là que le bât blesse - cette façon de vivre une vie de disciple, fidèle et radicale, se termine à un certain moment, et il est bon qu'il en soit ainsi, même si elle s’achève presque toujours trop tard : si elle s’étend aux générations suivantes, les raisons des succès d'hier deviennent immédiatement celles des inévitables effondrements présents et à venir. La façon dont les apôtres eux-mêmes suivent Jésus change après la résurrection. La fidélité et la radicalité doivent demeurer et éventuellement croître, mais la manière de suivre à la fois le charisme et le fondateur doit changer substantiellement. C'est une tâche ardue, car la seule forme de fidélité que la communauté connaît est celle des débuts, grâce à laquelle elle s'est formée, a grandi, et a permis d’authentiques miracles. C'est sur cette fidélité que les gens ont construit leur identité. La communauté a donc du mal à imaginer une autre forme de fidélité. Et donc, le fondateur une fois disparu, on tente un raccourci : la fidélité radicale et inconditionnelle des débuts s’applique en tout point aux paroles, aux actes et aux œuvres du fondateur qui n'est plus là. Et voilà qu’apparaît le mythe du fondateur : on peut encore rester fidèle au charisme aujourd'hui si l'on est fidèle à chaque mot que le fondateur a prononcé de son vivant. Il arrive aussi que cette fidélité des origines se reporte également au successeur, qui est traité comme une sorte de "réincarnation" du fondateur. Ces deux erreurs sont très graves, même si elles sont presque toujours commises en parfaite bonne foi. Pourquoi ?

La relation entre un charisme et son fondateur est complexe. Ils grandissent ensemble, ils changent et évoluent ensemble. Les termes qu'un fondateur emploie au début de son expérience ne sont presque jamais ceux qu'il utilise à la fin. Le charisme est une graine qui pousse dans le sol qui la reçoit, en symbiose avec l'environnement et l'histoire. Le fondateur traverse des épreuves, change d'avis, passe par des phases régressives, des involutions, vit des nuits obscures, commet des erreurs. Tant que le fondateur est en vie, même la fidélité de ses membres à des mots ou à des originalités dues à l’inexpérience a sa raison d’être et sa valeur, car les fondateurs honnêtes parviennent à changer d'avis grâce à la fidélité paradoxale (et coûteuse) de leurs proches. Cependant, lorsqu’un fondateur achève sa course (meurt ou quitte la scène) et que les membres de sa communauté commencent à penser qu’il demeure désormais vivant à travers ses paroles et ses gestes d’un temps, ces « fidèles » cessent en réalité de croire que le charisme est toujours vivant, même s'ils ne s'en rendent pas compte.

Ainsi, lorsqu'une communauté croit rencontrer le charisme du fondateur dans son passé, c'est la fidélité au charisme qui est en crise. Elle perd le contact avec l'histoire. Les paroles du fondateur étaient mêlées aux douleurs et aux espoirs de son peuple, aux questions de son temps. Se référer aujourd’hui à ses paroles pour trouver des solutions aux problèmes, revient à ne pas prendre au sérieux notre histoire, à mépriser la valeur des douleurs et des espoirs des hommes et des femmes du temps présent, à sous-estimer leurs questions, à ne pas prendre au sérieux la valeur théologique de l'Incarnation : c'est l'ancienne tentation gnostique. Les réponses d'aujourd'hui doivent au contraire découler du charisme vécu aujourd'hui, il n'y a pas d'autre voie. Tous les mots et gestes du fondateur ne peuvent être que des inspirations, des préludes, jamais la fin d'un discours. La maturité et la responsabilité d'une communauté charismatique se situent presque entièrement à ce niveau. Il est évident que des erreurs peuvent être commises dans ces exercices, car la fidélité côtoie l'infidélité, des limites sont franchies, mais c'est seulement dans cette imperfection que la vie peut renaître.

Certes, le patrimoine des écrits et des gestes du fondateur a et aura toujours un rôle central dans une communauté charismatique, c'est un des lieux où vit le fondateur ; mais s'il ne vit qu'en ce lieu, en réalité son charisme meurt. Car le premier endroit où l'on peut continuer à rencontrer le fondateur après sa mort, c'est dans sa communauté (qui dépasse souvent ses frontières formelles), chez les personnes qui poursuivent son histoire avec le même charisme. On comprend alors que celui qui succède au fondateur doit opérer une forte rupture avec le passé : que serait-il arrivé à l'Église si Pierre s'était rapporté aux douze comme Jésus l'avait fait ! Ce sont surtout les membres les plus proches qui rendent difficile cette discontinuité, la plus forte résistance au changement se trouve au sein de la communauté.

La fidélité, qui hier était une adhésion inconditionnelle, doit aujourd'hui devenir une fidélité discordante, divergente, en marge, audacieuse. Pour développer de nouveaux thèmes sur la partition du charisme, il faut des entrepreneurs, des innovateurs, et non plus des imitateurs. La créativité utilisée hier, toute au service de l'exécution de la même œuvre, doit maintenant être orientée vers de nouvelles mélodies, issues de la première et pourtant différentes. Plus de compositeurs, moins de musiciens. Mais tout cela n’est possible que si la communauté et ses dirigeants croient vraiment que le charisme est vivant : aussi, la merveilleuse partition de la première génération n'était-elle que la première, pas la seule, pas même la plus belle. Véritable semence du futur, ADN spirituel de ce qui naîtrait par la suite, elle préfigurait toutes les œuvres à venir.

Mais cette étape est extrêmement difficile, parce que les personnes habituées pendant des années, des décennies, à une loyauté comprise comme un alignement total sur des mots, des directives, des pensées reçues de l'extérieur comme déjà parfaites, ne sont plus dans la condition anthropologique et éthique de pouvoir être créatives. Même si elles le souhaitent, elles ne savent tout simplement pas quoi faire. N'ayant pas pratiqué l'usage créatif de la fidélité, ce muscle s'est (presque) atrophié. Nous avons passé toute notre vie dans une fidélité absolue, radicale, infinie, et nous nous sommes effrités au gré du vent, de la glace, des tempêtes. Une vie peut aussi être splendide de cette manière. Car tandis que notre mur se fissurait, nous avons vu des anges, et même Dieu une fois aussi. Mais si nous voulons éviter que la statue située au sommet du mur (le charisme) ne s'écroule avec nous, nous devons maintenant dépenser nos dernières énergies pour que les nouveaux membres de la communauté puissent développer une autre fidélité, non moins radicale mais simplement différente.

Enfin, nous pouvons faire une recommandation aux fondateurs qui sont encore en vie : ne laissez pas vos "compositeurs" s'atrophier, car c'est parmi eux que se trouve la possibilité d’un futur. Même un orchestre composé de seulement quelques éléments peut exécuter des chefs-d'œuvre, tandis que d'autres composent les chefs-d'œuvre de demain. Ce ne seront pas vos écrits ni vos discours qui garantiront l'avenir : ce seront les personnes éduquées dans la liberté et la confiance qui vous sauveront, pourvu qu’il y en ait au moins une. À-venir est le nom du fils.

Un charisme ne coïncide pas avec la personne de son fondateur. Il le dépasse. Il continue à grandir, à vivre, à aimer, à apprendre, à enseigner, même après sa mort. L’exposition des œuvres d'un artiste décédé rassemble les œuvres qu’il a réalisées de son vivant ; L’exposition d'un charisme met en valeur les œuvres de son fondateur mais aussi celles que sa communauté n’a cessé de créer. Quelles sont les plus belles ?

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Logique charismatique/5 - Toute communauté dépend de la façon dont elle évolue dans l'exercice de la fidélité.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 19/09/2021

Voilà ce qui est fidèle : le mur qui se fissure,
Mais en cela il n’est pas seul,
Car avec lui s’effrite aussi la statue
Qu’il supporte en son sommet...

Vladimir Holan, Fidé

Il est malheureusement courant que les pratiques et les traditions qui ont permis le succès d'une œuvre charismatique au début de sa fondation perdent leur vertu première et se transforment en leur contraire.

Dans toute expérience humaine, la fidélité est essentielle et, dans les communautés charismatiques, elle englobe presque tout. Elle s'articule à plusieurs niveaux : fidélité du fondateur ou de la fondatrice au charisme reçu, fidélité des membres de la communauté au charisme et au fondateur. Mais la possibilité pour une communauté de continuer à bien grandir après sa fondation dépend de sa capacité à faire évoluer sa façon d’exercer la fidélité.

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À-venir est le nom du fils

À-venir est le nom du fils

Logique charismatique/5 - Toute communauté dépend de la façon dont elle évolue dans l'exercice de la fidélité. par Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 19/09/2021 Voilà ce qui est fidèle : le mur qui se fissure, Mais en cela il n’est pas seul, Car avec lui s’effrite aussi la statue Qu’il support...
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Logique charismatique/4 – Les chrétiens sont des familiers de la route et de la rencontre qui n’est pas toujours heureuse, mais décisive.

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 12/09/2021

« Il n'est pas tant nécessaire
d'éduquer les enfants pour qu'ils deviennent
vite adultes, que de
former les adultes pour qu'ils sachent comment
devenir – redevenir- des enfants. »
Igino Giordani, La repubblica dei marmocchi (La République des mômes)

Sur le chemin des disciples de Jésus il n’y a pas d’argent, mais l’essentiel. Et l’essentiel c’est la Parole. Il en résulte une condition de dépendance des autres, parce que l’annonce est tout à la fois don et accueil.

Nous poursuivons l'analogie entre les débuts du christianisme et nos communautés charismatiques ou mouvements spirituels d'aujourd'hui - deux expressions que j'utilise comme synonymes, comme des réalités collectives nées d’un charisme et nourries par lui et donc par un ou plusieurs fondateurs, qui en sont les premiers dépositaires et la première image. L'analogie, comme nous l'enseigne la philosophie scolastique, est donc un parallélisme entre deux réalités présentant des ressemblances et des dissemblances, ces dernières étant généralement plus importantes que les premières. La méthode analogique, surtout en histoire, doit toujours être pratiquée avec beaucoup de précautions, mais comme toute méthode, elle peut être un moyen de commencer un voyage dans un territoire à explorer. L'analogie est féconde si le terme de comparaison est riche et fertile, ce qui est certainement le cas de la Bible et les premières communautés chrétiennes. L'analogie suggère, fait des allusions, indique, toujours à voix basse et avec douceur ; c'est l'aube d’un discours, toujours fragile et vulnérable. De ce fait elle connaît les vertus propres à la vulnérabilité.

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Comment la première communauté s'est-elle développée autour de Jésus ? Marc la décrit comme suit : « … Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant. Il appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs, et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. "Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. " Il leur disait encore : "Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. " Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir. Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. » (6, 6-13).

Dans l’évangile de Jean, les premiers disciples sont issus du mouvement de Jean Baptiste ; chez Marc et les Synoptiques, Jésus les appelle le long de la mer de Galilée. Une fois revenu de Judée, au terme de son expérience avec Jean Baptiste, son premier geste est d’appeler ses disciples, ses compagnons, ses amis : voilà qui souligne le caractère collectif, communautaire, social de cette histoire extraordinaire de "deux ou plus" qui se présente d’emblée comme une réalité ecclésiale. Jésus commence immédiatement sa mission en associant son nom à d'autres noms : Pierre, André, Jacques, Jean. Le prénom des "chrétiens" est pluriel. Élie, très présent dans ces récits de Marc, appelle Élisée à la fin de sa mission, mais Jésus les appelle au début ; il les appelle par deux, par paires de frères. « Malheur à l’homme seul », proclamait la sagesse du Qohélet quelques siècles plus tôt, et si la fraternité spirituelle n'est pas celle du sang, ce début nous dit que parfois elles peuvent se rencontrer. Marc nous dit que les premiers disciples sont appelés par Jésus alors qu'ils travaillent : ils sont en train de pêcher. Ce sont des pêcheurs, donc des travailleurs formés à l'action collective - la pêche en mer ou sur un lac est nécessairement le travail de "deux ou plus".

Au début de la communauté de Jésus, il y a le travail. Elle s’inscrit dans le sillage de la Bible, qui se révèle être l'humanisme du travail : certains appels décisifs ont lieu pendant que les gens travaillent : Amos, Gédéon, Judith, David, ont reçu leur vocation alors qu'ils travaillaient. Jésus appelle ses amis et les invite à devenir des "pêcheurs d'hommes". Cette compétence technique qu'ils avaient acquise en apprenant le difficile métier de pêcheur, Jésus leur demande maintenant de l'utiliser pour une autre tâche, un autre métier. Annoncer le Royaume est une vocation, ce n'est pas une profession, mais cela ressemble à un métier, car il faut une compétence, un savoir-faire, un engagement, un apprentissage. On ne devient pas professionnel de la vocation, mais on devient compétent ; et sans des gens qui savent "pêcher les hommes" au moins aussi bien qu'ils savent pêcher les poissons, il n'y a pas de mouvement, pas d'aventure comparable à celle des chrétiens.

De temps en temps, dans les Évangiles, on voit les apôtres en train de pêcher, même pendant les années où ils vivent aux côtés de Jésus (pensez à la pêche miraculeuse) ; autrement dit laisser les filets de poissons pour devenir « pêcheurs d’hommes » ne signifie pas nécessairement quitter définitivement et matériellement son premier bateau pour celui de l'Église. Dans l'histoire de l'Église, certains apôtres ont abandonné leurs premières barques et leurs filets, même matériellement, sans jamais les reprendre ; d'autres apôtres les ont laissés seulement spirituellement, ils ont continué avec les mêmes barques qu'auparavant à ramasser des poissons et des hommes, souvent avec les mêmes filets, leur travail est resté le même après la vocation. Il y a toujours eu plusieurs façons d'être apôtre. Il en va de même dans nos communautés et mouvements : leurs membres ne sont pas des professionnels de l'esprit, ni les employés d'une entreprise ; mais ils sont compétents, parfois aussi dans leur travail, et leur savoir-faire professionnel nourrit et soutient leur compétence apostolique. Le risque à éviter est que l'invitation à quitter les filets fasse perdre la première compétence et n'en fasse naître aucune nouvelle.

Pourquoi Jésus ordonne-t-il à ses apôtres de ne prendre pour le voyage « ni pain, ni sac, ni argent... » ? Jésus inaugure un nouveau type d'homme et donc de communauté. Nous comprenons ici pourquoi les chrétiens étaient initialement appelés "ceux qui sont sur la route", ceux qui marchent. La communauté de Jésus était une communauté itinérante, une communauté qui marchait à la suite, qui redevenait l'Araméen errant : tentes, campements, précarité, mobilité. Et c'est ainsi que les communautés chrétiennes sont restées pendant des décennies, des décennies qui ont changé l'histoire.

Lorsque nous sommes sur le point d'entreprendre un long voyage ou un pèlerinage le choix des vêtements et de l'équipement est déterminant : il est bon de n'emporter que l'essentiel ; et plus le voyage est long, plus il faut s’y tenir : ne prendre que ce qui est vraiment nécessaire, et non le superflu. Il en allait de même pour les déplacements des apôtres : la chose importante qu’ils apportaient était l'annonce d'une Parole différente, la venue d'un autre Royaume. Ils ne partaient pas, comme les marchands, pour vendre et acheter, ce n’étaient pas des soldats, ni des travailleurs saisonniers, ni les représentants d'une entreprise payés à la commission. Ils n’avaient donc besoin que d’une tunique, pas de deux. Ils n’emportaient pas de pain car le Dieu de la Bible procure le pain quotidien, comme il l'avait fait dans le désert, et comme il continue de le faire avec ses "ouvriers" qui ont droit à leur salaire. Autre consigne forte : ne pas prendre d'argent avec soi, ce qui est à la base du charisme de saint François qui, pour respecter cette dimension de l'apostolat, interdisait à ses frères de toucher l'argent de leur mendicité.

Ces exigences de l'apostolat créent une condition de dépendance vis-à-vis des autres, ce qui est peut-être le message le plus important. Si vous n'avez pas de maison, si vous n'avez ni pain ni argent, alors, pour vivre, vous avez besoin de l'hospitalité de quelqu'un qui vous accueille et vous nourrit. Dès le début, le message chrétien est donc essentiellement une expérience de réciprocité : les apôtres offrent la proclamation de l'Évangile, le véritable trésor, et reçoivent le gite et le couvert. Cette réciprocité des biens matériels fait partie de l'expérience des apôtres, et si elle fait défaut, ils ne peuvent ni ne doivent annoncer l'Évangile. C'est pourquoi, lorsqu'il n'y a pas cette réciprocité, il est dit : "Partez et secouez la poussière de sous vos pieds". Parce que si ceux qui doivent recevoir l'annonce de l'Évangile n'adoptent pas immédiatement une attitude d'accueil et de don, ils ne peuvent pas comprendre ce qui est proclamé. L'Évangile de l'amour est ouvert à ceux qui sont déjà dans l'amour. L’apôtre a besoin de la réciprocité de son auditeur, qui l'aime avant même de se convertir, simplement en l'écoutant et en l'accueillant. Et s'il ne le fait pas, il passe à autre chose. Sans quoi c'est un trésor gaspillé.

Cette réciprocité est presque aussi essentielle que le message. Celui qui entend l'Évangile doit d'abord donner. Celui qui annonce l'Évangile sait que le premier cadeau qu'il peut faire à ses auditeurs est de leur offrir la possibilité de donner, afin qu'ils puissent recevoir et ensuite, peut-être, comprendre. Celui qui annonce l'Évangile sait qu'il mendie cette réciprocité. Dans l'oikonomia de l'Évangile, celui qui donne a fondamentalement besoin de celui qui reçoit. La grande habileté de toute proclamation est de mettre les personnes à qui l'on veut donner la bonne nouvelle dans une attitude de don.

Ces indications missionnaires appartiennent aux sources de l’Évangile de Marc et remontent probablement aux premiers enseignements de Jésus. Elles nous disent quelque chose d'important pour nos communautés. Le premier Évangile a été vécu avant tout à pied. C'était un départ, un envoi. Dès que les apôtres ont commencé à suivre Jésus, il les a envoyés "deux par deux", et ils ont commencé à faire avec les autres exactement ce qu'il faisait. La première communauté s'est développée sous forme d’une pluralité de bourgeons et sous le signe de la biodiversité ; à tel point qu'immédiatement après la mort de Jésus, survenue quelques années seulement après le début de sa vie publique, les diverses communautés étaient déjà différentes, avec des caractéristiques et des "théologies" spécifiques, où les apôtres et les disciples avaient laissé l'empreinte de leur personnalité. La première Église n'est pas née de façon monolithique ni compacte : Jésus a envoyé ses disciples en mission, en a fait des nomades et des voyageurs, comme il l'était lui-même.

Cette communauté n'est pas une cour messianique, ni un cercle ésotérique, mais une communauté missionnaire et nomade, qui se réunit de temps en temps, mais pour à nouveau partir immédiatement. C'est une communauté d’annonciateurs : c'est le message et l'expérience elle-même qui en constituent la base, et non la cohabitation, ni le fait de stationner au même endroit. Ils ne sont pas restés ensemble pour chercher la chaleur du foyer : à la zone de confort d’une maison, ils ont préféré le froid de la rue. Et sur ce chemin dépouillé, les disciples, envoyés deux par deux, évangélisent et guérissent. Ils ne partaient pas en rêvant de retourner à Ithaque, leur Ithaque c’était la route : c'est pourquoi il y a tant d'humanisme chrétien dans l'Ulysse de Dante, même s'il le met en Enfer, car toute la Divine Comédie est un paradis grâce au regard bienveillant, grâce à la pietas de Dante.

C’est seulement ainsi que pouvait naître une Église qui allait bientôt atteindre tous les coins de la terre, car ses colonnes avaient été formées à l'art de vivre sur les routes. Les communautés spirituelles, surtout les plus authentiques et les plus saines, naissent sur les routes. Au fil du temps, cependant, il est presque inévitable que la chaleur du foyer l'emporte sur le froid des chemins, et ainsi, peu à peu, elles passent du statut de communautés de hérauts à celui de communautés de consommateurs de biens spirituels, et parfois cette consommation interne devient si importante qu'elles ne ressentent plus le froid de ceux qui sont le long des routes. C'est ainsi que les communautés meurent, mais elles peuvent ressusciter si un jour elles réapprennent l’art de cheminer sur les routes. Lorsque la communauté devient un labyrinthe spirituel, soit nous nous envolons comme Icare (en assumant tous les risques du vol), soit nous cherchons dans le charisme une Ariane qui a laissé un fil pour nous sauver.

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Logique charismatique/4 – Les chrétiens sont des familiers de la route et de la rencontre qui n’est pas toujours heureuse, mais décisive.

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 12/09/2021

« Il n'est pas tant nécessaire
d'éduquer les enfants pour qu'ils deviennent
vite adultes, que de
former les adultes pour qu'ils sachent comment
devenir – redevenir- des enfants. »
Igino Giordani, La repubblica dei marmocchi (La République des mômes)

Sur le chemin des disciples de Jésus il n’y a pas d’argent, mais l’essentiel. Et l’essentiel c’est la Parole. Il en résulte une condition de dépendance des autres, parce que l’annonce est tout à la fois don et accueil.

Nous poursuivons l'analogie entre les débuts du christianisme et nos communautés charismatiques ou mouvements spirituels d'aujourd'hui - deux expressions que j'utilise comme synonymes, comme des réalités collectives nées d’un charisme et nourries par lui et donc par un ou plusieurs fondateurs, qui en sont les premiers dépositaires et la première image. L'analogie, comme nous l'enseigne la philosophie scolastique, est donc un parallélisme entre deux réalités présentant des ressemblances et des dissemblances, ces dernières étant généralement plus importantes que les premières. La méthode analogique, surtout en histoire, doit toujours être pratiquée avec beaucoup de précautions, mais comme toute méthode, elle peut être un moyen de commencer un voyage dans un territoire à explorer. L'analogie est féconde si le terme de comparaison est riche et fertile, ce qui est certainement le cas de la Bible et les premières communautés chrétiennes. L'analogie suggère, fait des allusions, indique, toujours à voix basse et avec douceur ; c'est l'aube d’un discours, toujours fragile et vulnérable. De ce fait elle connaît les vertus propres à la vulnérabilité.

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C'est la réciprocité qui convertit

C'est la réciprocité qui convertit

Logique charismatique/4 – Les chrétiens sont des familiers de la route et de la rencontre qui n’est pas toujours heureuse, mais décisive. de Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 12/09/2021 « Il n'est pas tant nécessaire d'éduquer les enfants pour qu'ils deviennent vite adultes, que de former le...
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Logique charismatique/3 - Les communautés restent vivantes si les rencontres faites en chemin les convertissent.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 05/09/2021

« Il y a des nuits qui n'arrivent jamais
Et vous les cherchez en remuant vos lèvres.
Puis vous vous imaginez assis à la place des dieux.
Et vous ne pouvez pas dire où se trouve le sacrilège. »

Alda Merini, Il y a des nuits qui n'arrivent jamais...

Même Jésus change d'avis, comme dans l'épisode de Tyr. Et la civilisation que l'Évangile continue d’engendrer enseigne la fidélité et le dépassement sur le chemin de l'histoire.

Dans notre analogie entre les communautés charismatiques d'aujourd'hui et la première communauté chrétienne, nous examinons aujourd'hui de près un épisode bien connu de l'Évangile de Marc : « En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : "Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " Mais elle lui répliqua : "Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! " Alors il lui dit : "À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. " Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. » (7, 24-30)

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Marc nous raconte que Jésus se trouvait en terre païenne (Tyr) non pas pour évangéliser, mais parce qu'il avait été repéré par une femme syro-phénicienne qui lui avait demandé de guérir sa fille. Le dialogue entre les deux reflète un problème très important des premières communautés, à savoir le lien entre la nouvelle communauté chrétienne et les non-Juifs (ou Gentils) ; cette vaste question traverse tout le Nouveau Testament, comme une tension qui n'a jamais été complètement résolue.

Cette fois encore, comme pour l'homme possédé de Gerasa (Mc 5), c’est un païen vient à la rencontre de Jésus, et non pas l’inverse. D'où le premier message : Jésus n'est pas allé dans cette région pour faire des miracles ou pour évangéliser. La femme vient vers lui et le met devant un choix. La tradition donne des noms à ces deux femmes : la mère c’est Husta, l'enfant Bernike (Pseudo-Clément, Homélies) - la tradition chrétienne a souvent donné des noms à des personnages anonymes des Évangiles pour souligner l'amour que Jésus leur portait. La réponse que Jésus donne à la demande d'une mère apparaît, aujourd'hui encore, très dure. Traiter les non-Juifs de chiens ou de "petits chiens" (ce diminutif n’ayant aucune connotation laudative), est une façon courante de parler à l'époque, mais aujourd’hui elle nous dérange, même dans la bouche Jésus.

Il est évident que nous avons affaire à un passage qui est très influencé par les débats passionnées de l'époque. Mais nous pouvons tout de même lire entre les lignes un message important : aujourd’hui nous ne pouvons pas reprendre tous les termes de la Bible, et même ceux des Évangiles, pour exprimer ce qui nous apparaît bon. Il y a des mots qui, propres à une époque, ont été christianisés au fil des siècles par l'histoire, qui a été elle aussi vecteur du fait chrétien, rendant les mots mêmes des Évangiles "plus chrétiens". Grâce au développement de l'humanité et à la maturation des paroles de Jésus dans l'Église et dans l'histoire, nous n'utilisons plus aujourd'hui le terme "chien" pour désigner les personnes d'autres confessions. Même l'Évangile, même les paroles de Jésus, ont été améliorées par l'histoire fécondée par la révélation, au point que certaines ont été oubliées - ne serait-ce que celle-là. La Bible contient de nombreux termes qui sont meilleurs que les nôtres. L'histoire, imprégnée par l’excellence de ces termes, nous a rendus capables, au fil du temps, de bonifier d'autres mots bibliques qui, entre-temps, n'étaient plus à la hauteur du niveau de civilisation que le Livre avait engendré.

Un jour, ma nièce Béatrice a lu pour la première fois dans un tableau à la maison la motivation de la médaille d'or, "prix de la bonté", que sa mère avait reçue lorsqu'elle était enfant. Le texte comprenait l'expression "camarade de classe handicapé". Béatrice a laissé échapper une sorte de cri, car le mot handicapé était pour elle très dépréciatif. Une génération a suffi pour qu’un mot correct devienne offensant. Il en va de même pour les mots de la Bible : ils ont été embellis par l'humanité, améliorés par la sève spirituelle de la Bible elle-même. C'est l'une des merveilleuses lois de l'histoire. Et il est très probable que, dans quelques décennies, on assiste à une augmentation du nombre de mots propres aux Évangiles que l'esprit évangélique de demain dépassera. Pour certains, ce dépassement est une mauvaise nouvelle ; en réalité, il montre la mystérieuse réciprocité qui existe entre la parole de Dieu et nos paroles : elles sont filles du Verbe, mais, comme tous les enfants dignes de ce nom, si elles ne deviennent pas aussi pères et mères de leurs parents, elles finissent par devenir leurs assassins ou, ce qui revient au même, par les oublier dans l'indifférence. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » ; mais parmi les paroles qui ne passent pas, nous comprendrons, grâce à l'Évangile, que certaines ne peuvent plus être utilisées si nous ne voulons pas le trahir.

Si donc nous ne pouvons pas utiliser tous les mots de la Bible ni tous ceux de Jésus pour exprimer le meilleur de ce que nous portons, alors a fortiori les communautés charismatiques ne peuvent, ni ne doivent reprendre tous les mots de leurs fondateurs. La sagesse de chaque génération des membres d'une communauté spirituelle donnée consiste aussi, et surtout dans certaines étapes, à savoir quels mots utiliser et quels mots ne pas utiliser, tout en les conservant tous dans la tradition (comme l'a fait l'Église). Mais si les paroles de Jésus, que le christianisme lui-même nous a appris à ne plus utiliser au fil de son évolution, sont très peu nombreuses, celles des fondateurs, qui souvent ne passent pas auprès des générations à venir, sont nombreuses. Ici, l'ordre est inversé : leurs paroles "d’éternité" sont peu nombreuses, tandis que celles qu’il faut revisiter foisonnent. Et quand une communauté ne fait aucune distinction et attribue à toutes les paroles de sa fondation la même valeur charismatique, cette communauté finit, sans le vouloir, par accélérer le vieillissement de l’ensemble des paroles du message fondateur. Les mots porteurs d’éternité, en outre, sont comparables au sel présent dans la pâte de tous les autres mots. Il n'existe aucun critère pour les identifier, et nous nous trompons presque toujours lorsque nous essayons de les reconnaître, car nous laissons un peu de sel dans la pâte et inversement. Mais l'erreur vraiment fatale est de ne pas tenter cette opération, et de combattre ceux qui l’entreprennent. Il faut enfin savoir que le mélange du sel et la pâte font un pain savoureux, mais seulement dans les bonnes proportions.

Il y a beaucoup plus dans cet épisode de l'Évangile. Jésus a changé d'avis grâce aux rencontres qu'il a faites en voyageant. La route, dimension essentielle de sa mission, n'est pas le cadre mais le contenu de son paysage existentiel, elle lui a appris de nouvelles choses. Il y rencontre une femme qui parle de son enfant malade, et grâce à cette païenne avec laquelle il entre en dialogue, il découvre une nouvelle dimension de sa mission : l'universalité. Il change d'avis. L'insistance d'une femme le fait changer d'avis. Nous n'avons pas de bonnes raisons exégétiques de penser que ce récit a été composé par Marc, et ne remonte donc pas à l'ancienne tradition orale. Ainsi, si le Fils de l'homme a changé d'avis en dialoguant avec son peuple, alors le dialogue doit aussi nous faire changer d'avis : camper sur ses positions n'est pas bon signe pour un chrétien.

La première réponse que Jésus donne à la femme relève du bon sens, elle fait partie de la loi naturelle de toute civilisation : il n'est pas bon de nourrir les plus éloignés si l'on n'a pas d'abord nourri ses proches, de s'occuper des autres sans avoir résolu les problèmes de sa propre famille. C'est la pratique du bon père de famille, des mères, des communautés qui ne donnent pas à manger à autrui s'ils ne peuvent pas nourrir leurs proches, qui ne donnent pas d'argent en aumône si avec cet argent ils doivent acheter le nécessaire pour un enfant. Et pourtant, Jésus, dans l'Évangile de Luc, raconte la parabole du bon Samaritain, construite exactement sur la thèse opposée à celle du bon sens : le prochain n'est pas le voisin (les voisins de la victime étaient le prêtre et le lévite), et le devoir d'aimer son prochain ne suit pas la hiérarchie des proximités affectives ou naturelles. Cette femme païenne, sans le savoir, racontait à Jésus la parabole du bon Samaritain. Et Jésus s'est laissé convertir par son Évangile raconté par une mère.

L'Évangile et ensuite l'Église foisonnent de gens qui se convertissent en écoutant les paroles de Jésus : dans cette histoire, c'est Jésus qui se convertit et change son regard en écoutant une femme païenne. Et il continue à le faire au cours de l'histoire, chaque fois que son Évangile s’est converti, au fil des siècles, en écoutant les paroles de femmes et d'hommes qui, chrétiens ou non, ont expliqué à l'Église son propre Évangile, avec des mots qui parlaient de droits de l'homme, de respect, d'égalité, de fraternité. Et parfois, l'Église a appris, s'est convertie à son Évangile, qui est devenu "plus chrétien" grâce à ces paroles échangées en terres "païennes". L'Église ne tiendrait pas les propos qu'elle tient aujourd'hui sur les femmes sans le mouvement féministe qui, parfois de l'extérieur, lui a rappelé l’enseignement de Paul : « Il n'y a ni homme ni femme », et le lui a expliqué. De nombreux économistes chrétiens n'auraient pas compris ce qu'est la pauvreté d’aujourd'hui sans le magistère laïc d'Amartya Sen et de Muhammad Yunus. Telle est la splendide réciprocité entre la terre et le ciel dont nous parle l'humanisme biblique, où

Dieu enseigne à l'homme les réalités du Ciel et où des hommes et des femmes enseignent à Dieu celles de la terre.
Les communautés découvrent leur charisme en rencontrant les gens dans la rue, notamment sur les routes qui franchissent les frontières. Si nous lisons leurs plus belles histoires, nous nous rendons compte que, presque toujours, les fondateurs ont compris de nouvelles choses, parfois contraires à ce qu'ils croyaient au départ, au contact de personnes qui leur ont rappelé et révélé leur propre idéal. Ils ont compris de nouvelles dimensions de leur charisme parce que quelqu'un leur a raconté les paraboles du bon Samaritain, avant qu'elles ne soient écrites. Aussi les communautés continuent-elles à être tout aussi vivantes et fécondes pour autant qu’elles ne cessent de se laisser convertir par les personnes qu'elles rencontrent en chemin, dans la mesure où elles sont capables de changer d'avis même lorsque ces conversions semblent les éloigner des paroles de leur fondation, y compris de celles inscrites dans le chemin de conversion de leurs fondateurs. Ajoutons que des communautés meurent, ou déclinent, parce qu'elles cessent de rencontrer des mères syro-phéniciennes hors de leurs frontières, ou parce qu'elles ne sortent tout simplement plus de chez elles : en ne rencontrant personne, nous compromettons l'avenir par peur d'écouter des histoires dérangeantes et de trahir nos racines. Les communautés n'auraient besoin que de fils capables d'aimer leurs "pères", de les aider à devenir plus grands que leurs paroles, de vivre avec eux cette réciprocité entre égaux qu'ils n'ont pratiquement jamais connue dans la vie. Qui sait combien de femmes " païennes " nous racontent aujourd'hui des paraboles de l'Évangile sans que nous le sachions ? Et les démons empêchent nos enfants de dormir : « Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. » (Mc 7, 30)

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Logique charismatique/3 - Les communautés restent vivantes si les rencontres faites en chemin les convertissent.

par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 05/09/2021

« Il y a des nuits qui n'arrivent jamais
Et vous les cherchez en remuant vos lèvres.
Puis vous vous imaginez assis à la place des dieux.
Et vous ne pouvez pas dire où se trouve le sacrilège. »

Alda Merini, Il y a des nuits qui n'arrivent jamais...

Même Jésus change d'avis, comme dans l'épisode de Tyr. Et la civilisation que l'Évangile continue d’engendrer enseigne la fidélité et le dépassement sur le chemin de l'histoire.

Dans notre analogie entre les communautés charismatiques d'aujourd'hui et la première communauté chrétienne, nous examinons aujourd'hui de près un épisode bien connu de l'Évangile de Marc : « En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait : "Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. " Mais elle lui répliqua : "Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! " Alors il lui dit : "À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. " Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle. » (7, 24-30)

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Libérons nos enfants des démons

Libérons nos enfants des démons

Logique charismatique/3 - Les communautés restent vivantes si les rencontres faites en chemin les convertissent. par Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 05/09/2021 « Il y a des nuits qui n'arrivent jamais Et vous les cherchez en remuant vos lèvres. Puis vous vous imaginez assis à la place des d...
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Logique charismatique/2 - La valeur de la première et de la seconde vocation dans les expériences communautaires

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 29/08/2021

« Hérode faisait chercher Jean. Et il envoya quelques-uns de ses officiers auprès de son père Zacharie pour lui dire : "Où as-tu caché ton Fils?" … Furieux, Hérode dit avec colère : " C'est son fils qui doit régner sur Israël. " »

Proto-évangile de Jacques, XXIII

La référence aux premiers temps du christianisme permet de saisir certaines des nouvelles dimensions des communautés qui ont émergé de la communauté originelle.

La relation entre Jésus et Jean le Baptiste est essentielle pour comprendre la naissance du christianisme. Selon l'Évangile de Jean (contrairement aux autres Évangiles synoptiques), non seulement Jésus a fréquenté le mouvement de Jean le Baptiste, mais certains des premiers apôtres étaient disciples de Jean (parmi eux Pierre, André et le "disciple qu'il aimait ", qui n’est pas nommé : Jn 1, 40-42). Dans un ancien texte éthiopien, nous lisons : « Un disciple de Jean a dit que le Messie était Jean et non Jésus » (Pseudo-Clément, Ritrovamenti I, 60, édité par Silvano Cola). L'Apollos dont parle Paul à propos de certains désaccords à Corinthe – « Je suis d'Apollos, je suis de Céphas et je suis du Christ » (1 Co 1, 11-12) - était un disciple du Baptiste (Ac 18, 24-25). C'est un signe que le dialogue polémique entre les deux mouvements dura bien après la mort des fondateurs. L'Évangile de Jean nous apprend également que Jésus et ses disciples baptisaient en Judée (3,22).

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Jésus qui baptise est un fait très inconfortable pour la théologie de Jean l’évangéliste, à tel point qu’un peu plus loin il rectifie: « À vrai dire, ce n’était pas Jésus en personne qui baptisait, mais ses disciples. » (4, 2). Ces corrections font état de controverses sur cet aspect (le baptême) au sein des communautés chrétiennes, fréquentées par de nombreux disciples du Baptiste (pas tous) : « Jésus a certainement joué le rôle de baptiseur aux côtés de Jean le Baptiste pendant une certaine période » (Il Battista e Gesù, A. Destro e M. Pesce, p. 165). Nous ne savons pas combien de temps a duré la période où Jésus a baptisé, mais nous pouvons déduire des Évangiles qu'elle n'a pas été courte - il a probablement baptisé jusqu'à la fin de sa vie, puisque les apôtres ont continué à le faire par la suite. Peut-être que, très tôt, Jésus a également partagé la vie rustique de Jean Baptiste, comme le suggère le récit des tentations dans le désert. Dans Marc on trouve un détail important : Jésus quitte la communauté du Baptiste et retourne en Galilée "après l'arrestation de Jean" (Mc 1,14). Cette arrestation, également attestée par l'historien judéo-romain Flavius Josèphe (A.G., XVIII), a représenté un tournant dans la relation entre Jésus et Jean Baptiste. L'Évangile de Jean donne une autre explication du retour de Jésus en Galilée, mais celle-ci est également liée à la relation avec Jean Baptiste : « Les pharisiens avaient entendu dire que Jésus faisait plus de disciples que Jean et qu’il en baptisait davantage… Dès lors, il quitta la Judée pour retourner en Galilée. » Jn (4,1-3).

Voilà pour ce qui est de Jean Baptiste et de Jésus. Il y a des communautés qui sont nées sans préliminaires. D'autres, en revanche, sont précédées d'une période de préparation qui peut durer longtemps : il est difficile de devenir de bons leaders sans avoir d'abord appris à suivre quelqu'un. Dans ces cas, au début, la personne est sincèrement convaincue que la communauté où s’est forgée sa vocation est celle où elle restera pour toujours. Elle ne la vit pas comme une communauté transitoire, car au départ, les vocations authentiques se trouvent dans un présent éternel, où il n'y a pas de place pour du provisoire, l’innocence leur est donnée, animées qu’elles sont par l’Esprit, sans passé ni avenir. La personne se reconnaît parfaitement dans ce charisme où elle se trouve en totale harmonie spirituelle et ontologique. Elle ne se sent pas invitée, mais un membre à part entière, voire le maître de maison. Ce n'est ni la mer ni le désert, c'est la Terre Promise. C'est là qu'elle commence sa vie spirituelle, c’est là qu'elle se familiarise avec l'abécédé de la vie communautaire, c’est là qu'elle apprend à découvrir le sens de la "voix". Et si cette vocation génère demain une autre communauté, celle-ci portera des traces de la première, même si la personne n'en est pas pleinement consciente ou, si, dans le cas d’une sortie difficile, elle (ou ses disciples) sont dans le déni.

Jeune fille, Anjezë est entrée dans l'Institut de la Sainte Vierge Marie (ou Sœurs de Lorette) en Albanie. C’est alors qu’elle a pris le nom de Térésa. Elle y restera dix-huit ans, jusqu'à ce que le 10 septembre 1946, dans un train poussiéreux, elle dise : « J’ai ouvert les yeux sur la souffrance et compris l'essence de ma vocation. » À ce moment-là, Térésa a perçu l'essence de sa vocation. Elle y entre plus profondément, jusqu’à en toucher le cœur. Il lui a fallu dix-huit ans. En 1950, elle fonde les Missionnaires de la Charité. Térésa ne prend pas un nom nouveau, elle garde celui de sa première vocation. De même Silvia Lubich, qui continue à se faire appeler Chiara (le nom qu'elle avait pris en entrant dans le Tiers Ordre franciscain à Trente), lorsque quelques années plus tard, elle comprend l'essence de sa vocation et donne vie à une nouvelle communauté. L'essence ne veut pas d'un troisième nom ; le deuxième suffit, parfois le premier. Parce que la nouvelle vocation est un approfondissement de l'essence de la première, au point d'en sentir l’incomparable parfum. Térésa a quitté les Sœurs de Lorette pour fonder une réalité conforme à son être profond, mais dans les Missionnaires de la Charité il y a des traces des Sœurs de Lorette. C’est avec elles qu’elle avait appris à connaître l'Inde : elle en était tombée amoureuse, elle avait dit son oui aux pauvres et avec elles elle avait appris l'art d’être disciple. S'il y a une trace historique dans la théophanie du baptême de Jésus (et c'est probable), elle se rapporte davantage à la manifestation de sa première, plutôt que de sa seconde vocation.

La découverte de l'essence de sa propre vocation prend diverses formes, parfois traumatisantes. Il arrive qu’elle donne naissance à une nouvelle branche du même arbre - il suffit de penser aux centaines de familles franciscaines ou aux réformateurs de communautés. Parfois cette distinction donne naissance à un nouvel arbre, qui pousse à côté du premier, souvent relié par les racines. Il arrive aussi que cet arbre pousse hors du bois, et participe à l’oxygénation de tous les autres. La découverte de l'essence est tout à la fois une expérience de grande lumière et de grande douleur. Beaucoup la vivent avec un sentiment de trahison qui peut durer des années, et parfois elle devient une blessure ou une cicatrice qui dure toute la vie. Mais il arrive un jour où l’on se rend compte que le moment est venu et qu’on doit partir. C'est un moment décisif, car si l'on ne part pas au bon moment et que le processus de coexistence entre la vocation et l'essence de la vocation dure trop longtemps, la seconde vocation peut se gâter. Ce processus n'est jamais facile, car ceux qui restent font tout pour empêcher ceux qui veulent partir, avec ce type d’argument : « Mais qu'est-ce qui vous manque ici pour faire ce que vous voulez faire ? » Des mots très efficaces car ils sont vrais pour beaucoup, mais pas tout à fait vrais pour ceux qui ont une seconde vocation. Le difficile discernement consiste à pouvoir saisir la différence entre la vérité et le semblant de vérité, une différence imperceptible sans une vocation spécifique - et sans compagnons expérimentés et honnêtes.

L'analogie avec Jean Baptiste et Jésus suggère que le départ de la personne qui a incarné le premier charisme peut susciter un changement. On se retrouve dans la condition objective de la liberté de prendre son envol, sans crainte de décevoir celui ou celle qu'on aime tant. Si la personne a de grands talents spirituels (c'est souvent le cas), sa première communauté nourrissait pour elle des projets, des attentes, des espoirs, soit autant d’entraves pouvant bloquer l'envol vers d'autres projets et espoirs. Il ne s'agit pas de la nécessité bien connue, pour un fils, de tuer son père pour devenir un adulte. Dans la dynamique communautaire, cela se produit aussi, mais ce n'est pas ce cas que nous analysons. Ici, la personne qui cherche sa propre essence après le départ du fondateur ne tue aucun père. C'est la condition objective de l'absence de la personne clé dans la première communauté qui crée l'espace nécessaire pour en démarrer une nouvelle. Tout comme il arrive qu'une maladie, ni voulue ni recherchée, génère une nouvelle maturité que nous n'aurions peut-être pas atteinte sans cette maladie. La mort du Baptiste, cependant, peut suggérer autre chose. C'est un fait que le décès ou le départ du fondateur donne lieu à une période où, plus qu’auparavant, un grand nombre de personnes quittent la communauté. Et elles le font pour différentes raisons, dont beaucoup sont liées au nouvel espace créé par son absence. Parmi celles qui partent, il y a peut-être aussi des "Térésa" qui vont fonder une nouvelle et merveilleuse aventure collective - même s'il ne s'agit "que" d'une famille. Et comme le suggère l'histoire de Jésus, il arrive souvent que la découverte d'une nouvelle vocation entraîne avec elle certains des membres de la première communauté - une raison supplémentaire de dissension et de tension.

D'où un message. Les fondateurs ne doivent pas attendre leur mort ni leur retraite pour créer cet espace de liberté. Trop de communautés (mais aussi d'entreprises) nées au siècle dernier sont en difficulté aujourd'hui parce qu'elles ont grandi comme un seul tronc dépourvu de branches et sans engendrer d'autres arbres. Car, lorsqu'ils voyaient une personne dotée de grandes qualités spirituelles, la tentation était trop forte d’en tirer bénéfice pour le développement de la communauté. Ainsi, les plus grands talents étaient orientés vers des besoins organisationnels, toute leur créativité dirigée vers les objectifs définis en détail par le fondateur. Si cette opération, presque inévitable au cours de la première génération, se poursuit pendant la deuxième et les suivantes, les communautés deviennent des troncs isolés, desséchés, qui perdent peu à peu leurs feuilles, leurs fleurs, puis leurs fruits. Seule une forêt qui demain débordera de charisme peut sauver le premier arbre d’aujourd'hui. Mais la forêt, au-delà de la métaphore, ne se forme pas sans prendre en compte la dimension de la personne qui permet à Jésus - un homme qui n'était pas seulement un homme - de s'épanouir même en dehors du mouvement de Jean le Baptiste. Par ailleurs il est rare qu'un fondateur ne travaille que trois ou quatre ans, comme ce fut le cas de Jean, et de Jésus lui-même – et il n’est pas impensable d’expliquer ainsi la grande fécondité et la variété de l'Église primitive.

Il s’agit là d’une "chasteté communautaire" : celle-ci nous permet de voir arriver une personne de qualité, de la former pendant qu'elle est avec nous et de l'aider ensuite à comprendre qui elle est vraiment, à l'intérieur ou à l’extérieur de la première communauté. La chasteté est très difficile, car certaines des personnes qu’on laisse libres de partir ne reviennent jamais. Mais il y aura aussi ces branches du tronc et ces arbres du même bois qui permettront au charisme de continuer sa floraison. Sans disperser abondamment au large une partie de la semence, aucune graine du charisme n'atteint une bonne terre. Un fondateur avisé est celui qui, lorsqu'il voit arriver une nouvelle personne, se fixe comme premier objectif d'identifier quelle est la branche ou l'arbre où cette personne pourra être féconde, et ne la charge pas immédiatement du jardinage du seul grand et bel arbre de la communauté, présenté comme celui qui est désormais complet et immuable, et qui n'a besoin que d'entretien et d'eau - même si cette personne l'arrose très bien. De nombreuses crises, épuisements et retraits inféconds auraient pu être évités si ces personnes avaient eu près d’elles quelqu’un en mesure de lire dans leur malaise la lutte pour atteindre l'essence de leur vocation. Dans le Royaume des Cieux, les fleurs sont libres, variées, très nombreuses, colorées, plurielles et symphoniques.

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Logique charismatique/2 - La valeur de la première et de la seconde vocation dans les expériences communautaires

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 29/08/2021

« Hérode faisait chercher Jean. Et il envoya quelques-uns de ses officiers auprès de son père Zacharie pour lui dire : "Où as-tu caché ton Fils?" … Furieux, Hérode dit avec colère : " C'est son fils qui doit régner sur Israël. " »

Proto-évangile de Jacques, XXIII

La référence aux premiers temps du christianisme permet de saisir certaines des nouvelles dimensions des communautés qui ont émergé de la communauté originelle.

La relation entre Jésus et Jean le Baptiste est essentielle pour comprendre la naissance du christianisme. Selon l'Évangile de Jean (contrairement aux autres Évangiles synoptiques), non seulement Jésus a fréquenté le mouvement de Jean le Baptiste, mais certains des premiers apôtres étaient disciples de Jean (parmi eux Pierre, André et le "disciple qu'il aimait ", qui n’est pas nommé : Jn 1, 40-42). Dans un ancien texte éthiopien, nous lisons : « Un disciple de Jean a dit que le Messie était Jean et non Jésus » (Pseudo-Clément, Ritrovamenti I, 60, édité par Silvano Cola). L'Apollos dont parle Paul à propos de certains désaccords à Corinthe – « Je suis d'Apollos, je suis de Céphas et je suis du Christ » (1 Co 1, 11-12) - était un disciple du Baptiste (Ac 18, 24-25). C'est un signe que le dialogue polémique entre les deux mouvements dura bien après la mort des fondateurs. L'Évangile de Jean nous apprend également que Jésus et ses disciples baptisaient en Judée (3,22).

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À la découverte de l'essence

À la découverte de l'essence

Logique charismatique/2 - La valeur de la première et de la seconde vocation dans les expériences communautaires de Luigino Bruni Publié dans Avvenire le 29/08/2021 « Hérode faisait chercher Jean. Et il envoya quelques-uns de ses officiers auprès de son père Zacharie pour lui dire : "Où as-tu cac...
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Logique charismatique/1 – On aborde ici l'exploration et le décryptage des mouvements et des réalités communautaires.

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/08/2021

La mère et les frères de Jésus lui dirent : « Jean le Baptiste baptise pour la rémission des péchés : allons nous faire baptiser par lui. »

L'Évangile des Hébreux, Évangiles Apocryphes, p. 266

Une nouvelle pauvreté est nécessaire : celle de ceux qui renoncent à posséder des personnes. Et nous devons former des personnes qui ne restent pas aujourd'hui à cause des engagements pris hier, mais à cause des rêves de demain.

La communauté est à nouveau un mot central. On la désire lorsqu’on est seul et malade, on la recherche lorsque les communautés virtuelles nous ont épuisés et que nous ressentons le besoin de respirer. Ses liens chaleureux et forts nous appellent et ne nous laissent pas en paix. Cependant, la communauté change de forme si rapidement que nous ne la reconnaissons plus ou presque plus. La métamorphose a lieu partout, mais elle est très évidente dans la sphère des religions et dans les Églises, qui, sans communauté, meurent et se réduisent à une consommation psychologique et émotionnelle stérile. En effet, c'est au sein des Églises et des religions que la nostalgie de la communauté et ses carences se font le plus sentir, que les cris, les appels au secours, se font le plus entendre. Aujourd'hui l’avenir de toute expérience spirituelle et religieuse ne peut que partir d'une réflexion profonde, honnête et radicale sur la communauté, avec le courage de la pousser jusqu'à ses conséquences extrêmes. C'est ce que nous tenterons de faire dans cette nouvelle série d'articles, dans lesquels nous explorerons la situation des communautés, en particulier celles nées de charismes spirituels. Nous avons déjà effectué une partie de ce travail au cours des années précédentes. Nous poursuivons notre réflexion en nous inspirant également de cette mine d’or inépuisable qu’est la tradition biblique.

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Aujourd'hui, nous pouvons dire presque avec certitude que Jésus a commencé son activité au sein du mouvement de Jean le Baptiste, où il est resté pendant un temps non négligeable (des mois, peut-être des années). Jésus n'était pas seulement l'un des nombreux baptisés de Jean le Baptiste, il baptisait lui aussi (Jn 3,22-24). Et contrairement à la communauté essénienne sédentaire, contemporaine de Qumran près de la mer Morte (dont la règle nous est parvenue), construite autour de préceptes de vie communautaire très stricts et précis, le mouvement de Jean était une réalité fluide, nomade, provisoire, où les gens allaient et venaient sans mener une réelle vie commune . Qui approchait Jean Baptiste se préparait au baptême et, une fois baptisé, commençait une nouvelle vie dans son propre environnement, ou ailleurs. Le baptême le libérait pour qu'il prenne son propre envol.

Lorsque les monastères ont commencé à fleurir au cours des premiers siècles du christianisme, ils ont imité Qumran (peut-être sans le savoir), et non le courant impulsé par Jean-Baptiste, ni celui des premiers chrétiens. Celui qui entrait dans un monastère devenait membre d'une institution grâce à un lien d'appartenance extrêmement fort. Des siècles plus tard, le mouvement franciscain est né et a engendré une forme de vie radicalement différente du monachisme : celle-ci ne consistait pas à vivre en communauté dans un lieu défini, mais à mendier. Ce n’était pas la règle qui primait, mais "le style de vie". François et ses compagnons ressemblaient beaucoup à Jésus, mais aussi à Jean le Baptiste. Les franciscains n'étaient pas des moines avec en plus la simplicité et la pauvreté : ils incarnaient une réalité nouvelle et différente. Personne, au début, ne confondait leurs communautés avec des monastères, c'était impossible.

La seconde moitié du vingtième siècle a vu surgir dans l’Église une floraison de charismes comparable à celle des ordres mendiants au XIIIème siècle. Les nouveaux mouvements et communautés ont apporté d'importantes innovations (par exemple le rôle moteur des laïcs, des jeunes et des femmes), mais pour leurs membres les plus engagés (les consacrés), la référence demeurait celle des moines et des autres ordres religieux (au cours des siècles, ceux-ci se sont progressivement calqués sur la vie monastique), de sorte qu’ils ont repris à leur compte les trois vœux. Ces innovations n’ont guère modifié les formes de vie communautaire, ni les relations entre l'individu et la communauté. Il n'est donc pas surprenant que les mouvements et les communautés qui sont nés et qui ont prospéré il y a seulement quelques décennies soient aujourd'hui confrontés à la même crise que les ordres religieux traditionnels. Ils accueillent certes encore un peu plus de vocations, leur moyenne d'âge est un peu moins élevée et comptent quelques jeunes dans leurs rangs, mais la tendance est la même, elle est seulement décalée de quelques années. Pourquoi ? Pour de nombreuses raisons, nous le savons.

Mais nous devons réfléchir à un élément spécifique et précis. Au cours de la seconde moitié du XXème siècle ces nombreux mouvements spirituels ont été conçus dans une forte continuité avec le passé. Leurs fondateurs étaient des filles et des fils de l'Église et de la société de leur temps, et en toute bonne foi, ils ont mis le vin nouveau de leurs charismes dans de vieilles outres organisationnelles et institutionnelles. Aussi, en présence des mutations considérables de ces deux ou trois dernières décennies, les nouveaux mouvements et communautés sont peu à même de répondre aux nouveaux défis et besoins spirituels. Leur côté novateur a connu une rapide éclipse, au point que pour un observateur extérieur, une communauté de vie consacrée au sein du mouvement Communion et Libération ou des Focolari ne semble guère différente aujourd'hui d'une maison salésienne ou d'une communauté de sœurs pauliniennes.

D'où le premier message : les anciennes et les nouvelles communautés désireuses d'avenir devraient commencer à prendre beaucoup plus au sérieux l'urgence d'un changement majeur dans la vie communautaire. Au lieu de cela, elles font peu, croyant que le renouvellement nécessaire consiste en un retour aux débuts du charisme ou en une nouvelle radicalité spirituelle. Elles investissent donc le peu d'énergie qui leur reste dans des combats d’arrière-garde, qui deviennent alors les seuls - quand il y a peu de forces sur le terrain, on se trompe inévitablement de bataille. De nouvelles formes de vie communautaire sont nécessaires, plus proches du mouvement de Jean-Baptiste que de Qumran. Mais il n'est pas facile de le comprendre, car aujourd’hui les rares "demandes" de vie communautaire sont souvent le fait de personnes fragiles en quête d'adhésions fortes, attirées par le souvenir des communautés d'autrefois. Cependant, dans le nouvel écosystème spirituel du XXIe siècle, seules survivent des réalités plus fluides et moins rigides, décentralisées et moins compactes, plus proches des deltas que des estuaires : elles n'attirent pas les personnes par des règles et des contraintes juridiques, mais par la force charismatique de leur message et de leur expérience concrète. On y trouve plutôt des tentes que des palais, plutôt des campements que des institutions. Ce sont les valeurs de l’Esprit qui les animent et non les règlements, on y voit plus de convives et moins de maîtres : leur dynamique repose sur des réalités plus provisoires que stables, sur plus de promesses et moins de vœux. Ce sont des communautés où l’on aide les personnes à atteindre une condition subjective de liberté et donc d'autonomie par rapport à la communauté elle-même, des communautés qui ne visent pas une identification totale et globalisante avec leur charisme communautaire. Parce que lorsque cela se produit (hélas trop souvent !), le jour ne tarde pas à arriver où la personne, à force de dire "nous", ne sait plus dire "je" et donc ne sait plus répondre à la question cruciale : « Mais qui suis-je ? » Autrefois répondre : « Je suis un moine » suffisait. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, non pas parce que le charisme de Saint François s’est affadi, mais parce que l'histoire, fécondée aussi par le christianisme et ses charismes, a fait grandir les personnes et leur conscience. « Je suis frère » : cette identité demeure donc, mais doit être accompagnée de quelque chose d'autre, d'une réalité intime qu'aucune communauté ne peut offrir à notre place : si c'est le cas, on voit apparaître des névroses et des burn-out.

Se pose alors la question suivante : est-il possible de créer des communautés composées de personnes libres et autonomes, tout en évitant la désintégration de la communauté elle-même ? La question n'est pas rhétorique, car elle touche au premier vulnus (point faible) des communautés d'hier, qui ont dû réduire l'autonomie de leurs membres pour survivre en tant que communauté. L'origine du mot latin communitas oscille entre deux étymologies différentes et opposées : cum-munus, c'est-à-dire don commun, et cum-moeni : murs communs. Les communautés (à commencer par la famille patriarcale) ont bâti leurs constructions collectives en utilisant les briques mêmes de l'autonomie faible ou nulle de leurs membres. Chacun a donné librement sa liberté : celle-ci, une fois donnée, n'existait plus, comme dans tous les vrais dons, et ces dons ont fini par construire des murs pour se "protéger" eux-mêmes. Les communautés érigent des barrières de sortie très élevées autour de leurs membres. Les personnes y entraient donc et n’en sortaient pratiquement jamais (sauf moyennant des coûts très élevés, inabordables par les femmes). C’était de telles forteresses physiques, spirituelles et psychologiques que lorsque la petite porte de sa cage restait ouverte, n'ayant pas la force de s'envoler vers un monde trop inconnu, l’oiseau n’en sortait pas, au risque de voir y entrer un chat prédateur.

Les communautés d'aujourd'hui vivront si elles abolissent totalement leurs barrières en transformant les murs en ponts, car grâce à ces ponts de nouvelles vocations peuvent naître. Il y a un besoin urgent d'une nouvelle pauvreté, qui implique le renoncement à posséder des personnes : c’est la pauvreté la plus difficile à vivre dans les communautés, car les personnes sont leur seule richesse : et plus on vit la pauvreté matérielle, plus on tend à s’approprier les personnes. Les communautés qui savent vivre au bord de leur propre précipice vivront. Une bonne communauté charismatique au XXIe siècle ne peut s’inscrire que sur un fond tragique : elle s'endort chaque soir sans savoir si elle existera encore telle quelle le lendemain et chaque matin elle rend grâce parce qu'elle est toujours là. Si vous voulez avoir des personnes entreprenantes, créatives et libres, vous devez engendrer une culture où les gens sont si libres que vous ne pouvez pas les contrôler dans les aspects les plus importants de leur vie. Il faut apprendre à vivre au milieu d'un grand mouvement de va et vient, car engendrer des personnes libres signifie les mettre dans les conditions de pouvoir partir un jour. Les communautés, en particulier les communautés spirituelles et idéales, doivent se fixer pour objectif de former des personnes qui n’y restent pas aujourd'hui à cause des engagements pris hier, mais à cause des rêves de demain. C'est l'avenir, et non le passé, qui est l'espace prometteur capable de les libérer réellement. Nous ne pouvons pas rester dans le souvenir d’un passé qui nous a emprisonnés, mais en imaginant un avenir qui continue à nous libérer, nous et les autres. Et le "pour toujours" qui permet de bien vivre est celui qui regarde en avant, car celui qui regarde en arrière ne peut créer que des statues de sel.

Un bon fondateur de communauté - mais aussi un parent, un manager ou un enseignant - doit se réjouir lorsqu'il voit "ses" meilleurs éléments prendre leur envol, et ne pas les retenir pour ses propres projets, même si ceux-ci sont très importants. À tel point qu'un indicateur du niveau éthique et spirituel d'une communauté charismatique est le rapport existant entre les personnes de grande qualité qui y sont passées et celles qui y sont restées longtemps : plus il est élevé, plus c’est un signe positif, plus il se rapproche du chiffre un, plus nous sommes à l'intérieur de communautés narcissiques. Il est toujours triste de voir des dirigeants entourés très longtemps de leurs meilleurs disciples, parfois jusqu'à la retraite - et plus encore de voir ces meilleurs disciples s'éteindre au fil des ans, faute de grand air et de vastes horizons. Un certain jour Jésus de Nazareth a quitté le mouvement de Jean le Baptiste pour suivre sa propre vocation, pour donner naissance à sa propre communauté, différente. La "communauté" libre de Jean fut une terre si fertile qu’elle engendra la liberté infinie de Jésus. Le Royaume des Cieux est le lieu des communautés in-finies.

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Logique charismatique/1 – On aborde ici l'exploration et le décryptage des mouvements et des réalités communautaires.

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/08/2021

La mère et les frères de Jésus lui dirent : « Jean le Baptiste baptise pour la rémission des péchés : allons nous faire baptiser par lui. »

L'Évangile des Hébreux, Évangiles Apocryphes, p. 266

Une nouvelle pauvreté est nécessaire : celle de ceux qui renoncent à posséder des personnes. Et nous devons former des personnes qui ne restent pas aujourd'hui à cause des engagements pris hier, mais à cause des rêves de demain.

La communauté est à nouveau un mot central. On la désire lorsqu’on est seul et malade, on la recherche lorsque les communautés virtuelles nous ont épuisés et que nous ressentons le besoin de respirer. Ses liens chaleureux et forts nous appellent et ne nous laissent pas en paix. Cependant, la communauté change de forme si rapidement que nous ne la reconnaissons plus ou presque plus. La métamorphose a lieu partout, mais elle est très évidente dans la sphère des religions et dans les Églises, qui, sans communauté, meurent et se réduisent à une consommation psychologique et émotionnelle stérile. En effet, c'est au sein des Églises et des religions que la nostalgie de la communauté et ses carences se font le plus sentir, que les cris, les appels au secours, se font le plus entendre. Aujourd'hui l’avenir de toute expérience spirituelle et religieuse ne peut que partir d'une réflexion profonde, honnête et radicale sur la communauté, avec le courage de la pousser jusqu'à ses conséquences extrêmes. C'est ce que nous tenterons de faire dans cette nouvelle série d'articles, dans lesquels nous explorerons la situation des communautés, en particulier celles nées de charismes spirituels. Nous avons déjà effectué une partie de ce travail au cours des années précédentes. Nous poursuivons notre réflexion en nous inspirant également de cette mine d’or inépuisable qu’est la tradition biblique.

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L'ère de la communauté in-finie

L'ère de la communauté in-finie

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